TCO : le casse-tête de la hausse

Dans un contexte d’augmentation généralisée des coûts, les entreprises envisagent différentes pistes pour maîtriser le TCO des flottes, avec des mesures adaptées à leur activité mais aussi à la nature de leur parc. Illustration avec Cetup, spécialiste grenoblois de la livraison longue distance, et JTEKT, équipementier basé à Irigny, en métropole lyonnaise.
- Magazine N°281
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Formation TCO et VFE : comment intégrer les véhicules propres à votre stratégie d'optimisation des coûts ?

Pour les flottes, quasiment tous les indicateurs du TCO sont orientés à la hausse. Une hausse qui se traduit par un prix du revient kilométrique (PRK) moyen pondéré à 0,393 euro pour les véhicules particuliers, et à 0,307 euro pour les VUL, selon le TCO Scope 2022. Des niveaux au plus haut depuis 2016, souligne l’Arval Mobility Observatory qui fournit cet indicateur depuis cette date. Les raisons de ces augmentations sont connues, avec les répercussions de la crise sanitaire, suivies de celles de la guerre en Ukraine. Et pour les atténuer, les gestionnaires de flotte actionnent tous les leviers possibles. Mais toutes les entreprises n’ont pas les mêmes marges de manœuvre.

Spécialiste de la livraison longue distance, Cetup, compte tenu de son activité, ne dispose que de peu de leviers pour amortir les augmentations des prix des véhicules ou du carburant. Sa flotte de 120 véhicules se compose principalement d’utilitaires destinés à effectuer des livraisons express sur des distances d’au minimum 500 km en moyenne. Pour information, ce transporteur est régulièrement cité pour sa politique environnementale avec des modèles électriques et hydrogène.

Hausse du TCO : renouveler pour tenir les coûts…

Jean-Pierre Capossele, cofondateur et codirigeant, Cetup

Au contraire d’entreprises dont les flottes comprennent en majorité des voitures de fonction, Cetup ne peut donc pas envisager de diminuer le nombre de ses trajets ou de substituer à ses utilitaires d’autres solutions de mobilité. « Sans camion, nous ne pouvons pas travailler », résume Jean-Pierre Capossele, cofondateur et codirigeant de ce transporteur. Et le recours à des véhicules fréquemment renouvelés demeure indispensable, quelles que soient les conditions commerciales des constructeurs.

Mais cette fréquence de renouvellement constitue pourtant un des leviers de maîtrise des coûts pour Cetup. Plutôt que d’allonger les durées de détention, comme le font la plupart des entreprises, Jean-Pierre Capossele a choisi, lui, de raccourcir le délai de renouvellement de ses utilitaires. « Nous gardons dorénavant nos véhicules entre 20 et 24 mois, alors que les durées de détention pouvaient aller jusqu’à 36 mois auparavant », expose-t-il.

Pour Cetup, cette réduction des durées de détention a pour premier avantage de donner accès à des modèles plus performants en matière de consommation et d’émissions. « De plus, nous nous sommes rendu compte que la pollution est beaucoup plus importante après 24 mois, y compris avec des modèles Euro 6 », indique ce dirigeant. Et s’il reste un levier que l’entreprise peut actionner pour limiter la hausse du https://www.flotauto.com/definition-tco-automobile-20210624.html, c’est prioritairement celui de la consommation de carburant, relève le responsable de Cetup. Ainsi, les six véhicules des commerciaux carburent au bioéthanol.

… ou prolonger les contrats

Avec une flotte de 150 véhicules, les leviers actionnés pour la maîtrise des coûts diffèrent au sein de JTEKT. Chez cet équipementier automobile d’origine japonaise, les véhicules du parc comprennent en effet 120 voitures de fonction auxquelles s’ajoute une trentaine de véhicules en autopartage. Point commun toutefois avec la flotte de Cetup comme avec celles de l’ensemble des entreprises françaises : sa gestion doit composer avec les aléas des livraisons des constructeurs.

Mais contrairement à Cetup qui n’envisage pas de prolonger ses contrats, JTEKT étudie cette solution. « Je travaille sur ce dossier depuis plus de six mois, notamment avec des loueurs comme Arval qui ont communiqué sur cette possibilité », explique Catherine Dutang, la responsable Europe de la flotte. Dans ce parc où n’ont pas été mises en place des grilles de fluidité, Catherine Dutang étudie donc au cas par cas, en fonction des lois de roulage, l’opportunité de modifier les contrats. Un choix qui peut avoir des répercussions sur un autre poste du TCO : celui des restitutions. « J’ai quelques inquiétudes pour certaines régions. Les Parisiens ont par exemple des voitures qui stationnent moins dans les parkings et qui sont plus abîmées », note la responsable. Pour minimiser les frais de fin de contrat, Catherine Dutang envisage des réparations intermédiaires selon les cas.

Trouver de nouveaux constructeurs

À défaut de pouvoir obtenir les véhicules attendus, cette responsable a aussi été amenée à s’adresser à de nouveaux constructeurs pour renouveler son parc. « Nous avons éliminé des constructeurs de notre car policy pour ne plus avoir de surprises, ajoute Catherine Dutang : certains avaient annulé les commandes que nous leur avions passées et nous ne voulons plus revivre cela. » Pour remédier à ces défections, cette gestionnaire a désormais intégré des marques comme Hyundai avec le Tucson ou Kia avec le Sportage. Et elle se laisse la possibilité de s’adresser à d’autres constructeurs. En termes de coût, cette substitution ne pèse pas sur le budget de la flotte car les nouveaux modèles permettent de maintenir les niveaux des loyers.

Cette quête de nouveaux constructeurs et modèles s’articule avec la transition énergétique de la flotte de JTEKT. « Nous avons supprimé les diesel et il a fallu un an pour qu’ils disparaissent. Les nouveaux modèles sont des hybrides non rechargeables Toyota et Kia, bien placés sur leur segment », détaille la responsable du parc. Point positif, l’arrivée de ces nouvelles motorisations et de ces nouveaux constructeurs va dans le sens d’une optimisation du TCO, pour ainsi limiter sa hausse. « Un Sportage hybride n’est pas plus cher qu’un modèle thermique ; nous faisons même des économies sur le loyer. Et nous respectons aussi les exigences de verdissement de la flotte », illustre Catherine Dutang.

Outre le gain économique, ces nouveaux modèles ont aussi la qualité de séduire les conducteurs. « Les constructeurs vers lesquels nous nous tournons sont bien placés financièrement, avec des finitions intéressantes pour des segments équivalents », décrit Catherine Dutang. Et si des salariés acceptent plus difficilement les nouvelles marques, « ils ont conscience que la situation n’est pas simple : notre priorité est d’optimiser les coûts et nous essayons de leur offrir des modèle attrayants », poursuit cette gestionnaire.

Séduire et électrifier

Ces nouvelles motorisations sont la première étape en vue de l’électrification de la flotte, prévue à plus long terme chez JTEKT. « Nous avons des véhicules en pool qui sont renouvelés en essence, voire en hybride. Et si nous devons arriver à l’électrique, ces véhicules partagés y passeront prioritairement. Pour l’instant, la direction française n’y est pas favorable mais notre direction japonaise met la pression pour travailler sur le bilan carbone », décrit Catherine Dutang.

En attendant, pour continuer à maîtriser les coûts de la flotte et des déplacements, JTEKT favorise la visioconférence ou le télétravail. Celui-ci a été largement maintenu après la crise du covid-19, « et cela fonctionne très bien chez nous », se félicite la responsable.

Pour réduire encore les coûts, l’entreprise envisage aussi des formations à la conduite pour ses salariés. « Compte tenu de notre sinistralité basse, nous ne nous orientons pas trop sur des formations sur les comportements de conduite. Mais Toyota propose son programme Beyond Zero pour s’approprier la conduite hybride ; c’est un service que nous souhaitons mettre en place », prévoit Catherine Dutang. Une opportunité dont JTEKT pourrait tirer parti dans une période où aucune piste d’économie n’est à négliger.

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