Test Match : Citroën C6 V6 HDi / Audi A6 V6 3.0 TDI

Public ou privé ? La question mérite d’être posée. Autant un dynamique PDG de la Net économie trouvera ringard de circuler en Citroën, autant on voit mal Jacques Chirac remonter les Champs Elysées à l’arrière d’une Audi. Question d’image dans les deux cas. C’est pourquoi ces deux hauts de gamme n’ont aucune raison de se faire la guerre. Tentons d’y voir plus clair…

- Magazine N°119
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Ces derniers mois, tous les magazines spécialisés ont opposé ces deux stars de la route. Et 9 fois sur 10, c’est la firme aux anneaux qui l’a emporté. Si l’on aligne les chiffres sur le papier, c’est évident. A prix quasiment identique, l’Audi, dotée des quatre roues motrices, en donne plus pour son argent que la Citroën. Reste que chacun sait qu’il n’y a pas plus irrationnel qu’un achat automobile. D’autant que si le choix de rouler dans telle ou telle est important, il y a aussi souvent le regard de l’extérieur à prendre en considération. Nous avons fait plusieurs expériences aussi bien à Paris qu’en région ces dernières semaines. Et que l’on soit au volant de la Française ou de l’Allemande, le comportement de la rue est très différent.

Prestance ou arrogance ?

Circulez dans le quartier des Ministères au volant de la C6. Policiers et passants vous regardent avec respect et circonspection. Pour un peu, les motards vous ouvriraient la route. La grande Citroën en impose et marque ces distances tout en n’affichant aucun signe ostentatoire. Un peu à la manière du Renault Espace. Qui, en effet, irait croire que le monospace à la mode coûte quasiment au centime près, le prix d’un Porsche Cayenne V6 ? Et pourtant. L’un passe totalement inaperçu dans le paysage automobile alors que l’autre, même dans sa livrée de base, écrase tout sur son passage. C’est ce qui se passe entre la C6 et l’A6. L’Audi est une très belle voiture et elle le montre. Mais sur la route ou dans la rue les comportements ont changé. Souvent on inspecte avec dédain le parvenu qui est au volant. Passé 60 ans, ça va. En dessous le passant se demande par quel moyen détourné le conducteur a bien pu s’offrir un tel engin. Même le policier de base a sa petite idée. Voiture volée, argent de la drogue ou de la prostitution ? Vous allez dire que nous allons un peu loin. En une semaine passée avec l’Audi : 2 contrôles de papiers dans Paris et un regard soupçonneux et appuyé des douanes à un péage en province. En une semaine passée à bord de la marque aux Chevrons, la maréchaussée s’est pratiquement mise au garde à vous. Stupéfiant ! Voleurs et trafiquants en tous genres, il est urgent que vous rouliez (en paix) en Citroën.

Bien-être

Si vous attendez une tenue de route irréprochable de la digne héritière de la DS, vous ne serez pas déçu. La C6 évolue sur un tapis volant, faisant fi de toutes les imperfections de la chaussée. Ses suspensions actives ultrasophistiquées garantissent un confort maximum à tous les passagers, même à vitesse élevée. Un calculateur central paramètre en permanence toutes les informations de conduite pour maintenir une assiette constante en courbe tout en combattant cabrage, plongée et roulis, sans les effets nauséeux observés autrefois sur les CX. Évidemment, l’Audi réserve un confort disons, plus…germanique. Ici le moelleux a été sévèrement poli et l’A6 ballote un peu ses occupants sur mauvais revêtement. En revanche, l’écart de confort avec la française peut être nivelé par l’excellente suspension pneumatique active dérivée des Q7 et VW Touareg (supplément de 2 320 €).

Au rayon insonorisation, les deux V6 diesel en présence ont choisi de ne pas se faire remarquer. Dans les deux cas, une protection moteur de premier choix et sur nos voitures d’essai un double vitrage ultra efficace. Une fois installé, l’espace à bord est très généreux. C6 et A6 jouent dans la même cour. Les deux limousines offrent une longueur aux jambes de premier ordre mais la française prend l’avantage sur deux points. La cinquième place préservée sur la C6 alors que l’A6 est encombrée par le tunnel de transmission et le Pack Lounge, une option à 1 300 euros disponible sur la Citroën et qui transforme cette grande routière en voiture présidentielle avec sièges arrière individuels réglables électriquement et même possibilité d’avancer le siège passager avant pour encore plus d’aisance. Mauvaise note pour la C6 qui n’offre pas de rideaux aux vitres latérales arrière alors que l’option est disponible sur l’A6. Les deux rivales se retrouvent en matière d’équipement « de base » à ce niveau et offrent toutes, pour la C6 à 54 600 € dans sa livrée Exclusive et pour l’A6 dans sa finition Ambition luxe tiptronic à 55 490 €, le cuir pleine fleur, les très belles boiseries véritables, un système hi-fi de haut niveau et un ajustement des matériaux au millimètre. Dans les deux cas on note un excellent maintien des sièges et un réglage facilité par des commandes électriques multiples. Quelques détails agacent en revanche sur la Citroën. Le volant se règle manuellement.

Il faut également jouer des coudes pour déployer le rideau de la lunette arrière ou ouvrir le coffre. Sur une banale Peugeot 607, tout marche à la baguette de la fée électricité. En revanche la C6 sort ses atouts, indisponibles sur l’Audi : son original système d’alerte de franchissement involontaire de ligne blanche et son affichage tête haute qui permet de suivre sa vitesse projetée sur le pare-brise, comme pour les pilotes de chasse. Au niveau équipement, la C6 sort encore de série ses phares directionnels que l’A6 facture en supplément contre 2 120 €, mais l’Audi marque des points au niveau de la sécurité grâce à sa transmission intégrale Quattro.

Attachez vos ceintures

Le comportement du conducteur n’est pas le même au volant de ces deux voitures. L’Audi, plus typée sport, invite à bousculer la mécanique et faire parler les chevaux. La Citroën appelle en revanche une conduite plus apaisée. Sans doute une impression, car les deux peuvent au choix être brutalisées ou domptées grâce à leurs grosses cylindrées diesel combinées à l’automatisme à 6 rapports. L’A6 prend l’avantage en performances, mais les deux se rejoignent côté agrément. Au puissant 3 litres TDI de 225 ch de l’Audi, la C6 oppose son HDi PSA-Ford qui compense sa cylindrée plus modeste (2 litres de 208 ch) par une belle élasticité. Ce gros paquebot de près de 2 tonnes et 5 mètres étonne par son agilité. L’A6, forte de sa transmission intégrale permettra sans faillir les escapades à la neige. Au chapitre sécurité, ajoutons que nos deux cobayes disposent de l’ESP de série avec un freinage légèrement plus mordant pour l’Allemande. Egalité pour la sécurité passive avec 5 étoiles chacune aux crash-tests EuroNcap. La Citroën reprend l’avantage avec les Airbags latéraux arrière de série (en option sur l’’Audi) et un airbag genoux conducteur. Terminons ce tour du propriétaire par la malle arrière : indigne d’une limousine sur la C6 avec 411 litres alors que l’A6 offre 546 litres.

Enfin, côté consommation, moyenne identique pour les deux avec 11 litres aux 100 km. En conclusion, deux voitures bien sympathiques dont il est toujours difficile de se défaire et qui offrent chacune philosophie, charme, atouts et équipements différents. Mais à quelques exceptions près, vous savez désormais qui roule en quoi. Dirigeants du CAC 40 et hauts fonctionnaires de l’Etat en C6. Patrons de PME et avocats en A6. Dans tous les cas, à 80 % des voitures de fonction, donc des voitures d’image.

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