Toyota : Le RAV4 rentre dans le rang

En grossissant, le nouveau RAV-4 se banalise et n’apporte plus cette originalité qui caractérisait les précédentes générations. Et il lui faut aujourd’hui 177 ch pour le bouger. Est-il toujours intéressant ?

- Magazine N°118
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C’est lui qui a créé, il y a une bonne dizaine d’années, la mode des SUV compacts, ces petits 4×4 dits « de loisirs » qui arpentent plus facilement les trottoirs de l’Ouest parisien que les chemins défoncés du plateau Picard. Et, de préférence, avec madame au volant. Sans caricaturer, ce succès du RAV4 on le doit plus au flair du marketing de Toyota France qu’au véhicule lui-même, sorte d’hybride entre un tout-terrain et un break dont il reprenait les défauts combinés des deux sans les qualités de chacun (mauvais 4×4, piètre confort de suspension, consommation importante, habitabilité moyenne, etc. ).

C’est qu’en 1994, pour mieux élargir sa clientèle sans rogner ses marges, l’importateur français décida de faire cavalier seul en Europe et dans le monde et de rendre cet objet roulant indispensable aux jeunes femmes avec ou sans enfants et au fort pouvoir d’achat. Bonne pioche puisque le RAV4 dans sa version 3 portes était aussi peu encombrant qu’une VW Golf (3,85 m de longueur), mais tellement plus snob et tendance ! Sorte de petit jouet au look unique et enjoueur, ce SUV compact en version 3 portes représenta près d’un tiers des ventes en France alors que l’Europe se satisfaisait d’un 14 % et le reste du monde de 4 %.

Il a vieilli avec sa clientèle

Pourtant, Toyota a décidé de faire grandir son RAV4 (cette troisième génération mesure 4,31 m de longueur) et de ne le commercialiser qu’en version 4 portes. Histoire de mieux laisser la place, en dessous, au futur Urban Cruiser, plus court de 15 cm au minimum car basé sur la plate-forme de la Yaris (fabriqué à Valenciennes dans le Nord) et tellement plus «fashion» !

Présenté en tant que concept-car au dernier salon de l’auto de Genève cet hiver, il sera sur le bitume et le pavé parisien dans deux ans. Et même s’il aura droit à 4 portes, son design le fera ressembler à un 3 portes grâce à ses deux ouvrants arrière habilement masqués dans la carrosserie. C’est ce SUV compact qui sera chargé d’aller reconquérir une clientèle féminine passée à la… Mini !

Car le constat fut difficile pour Toyota : un RAV4 de première génération n’était jamais remplacé par un nouveau RAV4 de deuxième génération (née en 2000). Alors que la majorité des acheteurs étaient de jeunes urbains célibataires (35- 45 ans), ils sont aujourd’hui chefs de famille, toujours urbains, mais dans la tranche d’âge 55-65 ans. La clientèle du RAV4 a donc vieilli avec le véhicule et, aujourd’hui, ce SUV compact devient une sorte de grand SUV à tendance monospace : cinq personnes seront à l’aise dans l’habitacle et le coffre emportera sans problème leurs bagages. D’ailleurs, ce RAV4 «long» pour l’Europe n’est en réalité que la version «courte» car il est commercialisé sur le marché nord-américain en châssis long (4,60 m) avec une rangée supplémentaire de sièges pour emmener 7 passagers !

En grandissant, ce RAV4 européen a aussi grossi, au point de peser pas moins de 200 kg de plus que la génération précédente. Une prise d’embonpoint qui a impliqué de renforcer considérablement la cavalerie cachée sous le capot avant : le moins puissant des moteurs est le 2. 0 l turbodiesel D4-D de 136 ch qui a fort à faire pour emmener les 1 600 kg du RAV4 (180 km/h de vitesse maxi sur circuit,10,5 s de 0 à 100 km/h, consommation moyenne de 6,6 l/ 100 km,173 g/km de CO2,8 CV). C’est pourtant cette version qui sera la plus vendue en France. Pour une bonne raison : elle est déjà très chère (prix à partir de 27 990 €). Elle sera épaulée, pour les amateurs de chronos, par le 2. 2 turbodiesel D4-D de 177 ch qui en fait le plus puissant des SUV compacts (33 990 €) et, en essence, par le 2. 0 l VVT-i de 152 ch (26 990 €). Des prix «premium» pour la catégorie qui est un choix délibéré de Toyota France pour toujours s’adresser à une clientèle au fort pouvoir d’achat.

Agrément de conduite à la baisse

Sur la route, ce nouveau RAV4 laisse un peu sur sa faim : le confort des suspensions est un peu trop ferme, l’absence de prise de roulis en courbe est dû à un amortissement sans amplitude, la position de conduite calculée pour des petits gabarits (le volant ne recule pas assez, tout comme le siège conducteur), la finition est de qualité mais sans originalité et le poids du véhicule se fait sentir par un certain manque d’agilité sur petites routes. Bref, ce RAV4 rejoint la cohorte des SUV 4×4 de gros gabarits, manquant de peps à conduire… Mais répondant toujours présent face aux difficultés rencontrées sur route enneigée ou chemins boueux. On y ajoutera une bonne modularité intérieure et, encombrement oblige, une très bonne capacité de chargement. Notez que le D-4D 177 ch a droit aux pneus runflat et se passe de la roue de secours accrochée sur le hayon. Atouts et faiblesses qui n’empêcheront pas Toyota France de vendre l’intégralité des prévisions, si ce n’est plus, avec 130 000 immatriculations prévues en 2006, soit autant en 9 mois que l’année 2005 !