Prévention routière : des exemples à suivre

Lorsqu’il est question de sécurité routière, les TPE se sentent rarement concernées au premier chef. Pourtant, elles ont beaucoup à y gagner, et pas seulement en termes de diminution de la sinistralité. Avec quelques exemples à suivre rassemblés dans cet article, du rappel des règles de conduite à la télématique, en passant par la formation.

- Magazine HS n°22
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TPE-PME prévention routière

C’est un euphémisme de dire que la sécurité routière ne constitue pas une priorité des TPE françaises. En cela, ces petites entreprises rejoignent leurs homologues européennes. Le baromètre 2019 du loueur Arval fait ainsi apparaître que seules 22 % des entreprises européennes de moins de dix salariés ont mis en place un suivi et une prise en charge des dérives de conduite. Mais la part des sociétés qui lancent des plans de prévention tendrait à augmenter, selon ce baromètre (voir aussi l’encadré ci-dessous). Dans ce contexte, des mesures comme l’identification systématique des conducteurs auteurs d’infractions au volant de véhicules immatriculés par des entreprises a certainement contribué à renforcer la communication autour la sécurité routière en France.

Prévention routière : les TPE progressent

Selon le baromètre 2019 du loueur Arval, seules 7 % des entreprises européennes de moins de dix salariés indiquent avoir mis en place une gestion des dérives de conduite de leurs salariés, alors que ce taux atteint 67 % dans les entreprises de plus de 1 000 salariés. Le baromètre fait toutefois apparaître, toujours à l’échelon européen, que 22 % des TPE ont lancé un plan de prévention du risque routier en 2019, contre 16 % seulement en 2018. Les entreprises de petite taille qui mènent des actions privilégient ainsi les formations à l’éco-conduite et à la sécurité routière, les actions de communication et le recours aux innovations technologiques sur les véhicules.

Désignation et 80 km/h

« La question des comportements routiers est bien présente dans l’esprit des salariés de l’entreprise, estime Alexandre Rousselle : non seulement avec obligation de régler leurs amendes, mais aussi avec la limitation de la vitesse à 80 km/h. Mais nous ne menons pas spécialement de démarches sur ce sujet », reconnaît ce dirigeant de l’entreprise familiale de peinture et ravalement. Basés à Belleu dans l’Aisne, les salariés de Rousselle se déplacent en utilitaires et la flotte compte cinq Ford Transit, un Citroën Berlingo, mais également une Peugeot 508.

De manière générale, les petites entreprises sont peu nombreuses à construire un plan de prévention routière. Mais celles du secteur du BTP pourraient être plus enclines à se pencher sur cette question. Une tendance guidée par la pratique des consignes de sécurité sur les chantiers – une préoccupation au quotidien. Et dans ce cadre, des formations sont régulièrement suivies au sein des structures les plus impliquées : sauveteur secouriste du travail (SST), gestes et postures, lutte contre l’incendie, etc.

« Je suis administrateur à la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment) où de nombreux stages de prévention sont proposés, pointe Tarik El Ainani. Ce dernier est président de Vosges Résine Habitat, une entreprise basée à Épinal, spécialisée dans la résine de marbre, les toitures, le crépi ou les revêtements de sol. Et je participe aux succès de ce type d’événements : ils sont nécessaires pour sensibiliser les patrons artisans comme les salariés. »

Miser sur la prévention…

À cette implication professionnelle dans la vie de sa branche d’activité s’ajoute aussi une sensibilité personnelle pour ce responsable dont l’entreprise multiplie les actions de prévention routière : « C’est mon côté prévoyant », argumente Tarik El Ainani. La flotte de Vosges Résine Habitat compte sept véhicules pour ses huit salariés. Des utilitaires Boxer, Expert, Master, mais aussi un Iveco Daily benne, des Mégane pour les commerciaux et un Range Rover pour le dirigeant. Tous les véhicules sont attitrés et les commerciaux les emploient comme voitures de fonction.

Chez Vosges Résine Habitat, la sensibilisation à la sécurité routière passe donc par la participation à des événements organisés en commun avec les autres entreprises de la pépinière EGD (Épinal Golbey Développement) à laquelle appartient la société. « L’Automobile Club a réalisé des animations autour de la sécurité routière. Sur ce thème, la préfecture organise aussi des réunions de prévention et des policiers sensibilisent entre autres aux conséquences de l’alcoolémie », illustre Tarik El Ainani. Ces événements se tiennent environ une fois par an. Et pour les salariés de son entreprise, Tarik El Ainani va plus loin en finançant régulièrement des stages de récupération de points (voir aussi le témoignage).

… et la communication

Chez Morales, la communication autour de la sécurité routière est favorisée par des réunions régulières sur cette thématique. « Nous tenons ces réunions de prévention à échéance bimensuelle, même s’il n’y a pas de véritable formalisation. Il s’agit de rappeler les conseils en matière de risque routier, comme l’interdiction de téléphoner au volant, mais aussi de nous assurer que les conducteurs sont bien titulaires de leur permis de conduire », expose Guénaëlle Abado, directrice générale de cette entreprise de plâtrerie. Installée à Encausse-les-Thermes (31), la SARL Morales compte huit salariés et sa flotte se compose de neuf véhicules : un camion-benne, trois Jumper, deux utilitaires Ford, un C15, un Kangoo et un Partner.

Quand nous accueillons de nouveaux ouvriers dans l’entreprise, nous leur transmettons un cahier d’accueil sécurité.

Ces échanges avec les conducteurs complètent le travail de prévention menée en amont : « Quand nous accueillons de nouveaux ouvriers dans l’entreprise, nous leur transmettons un cahier d’accueil sécurité, avec un chapitre spécifique pour rappeler les règles de conduite et d’entretien des véhicules », décrit Guénaëlle Abado. Une pratique en place avant l’arrivée de la responsable dans l’entreprise, et que cette dernière compte bien faire perdurer.

Chez Normandie Espaces Verts, une entreprise de paysagisme, les stages de conduite s’adressent en priorité aux jeunes recrues. « J’ai décidé de faire suivre des stages de conduite à mes jeunes salariés à l’occasion de l’entretien des espaces verts des centres du spécialiste de la sécurité routière Centaure », retrace Yann Le Goff, gérant de cette entreprise de deux salariés. Dans la flotte : un poids lourd de 8 t, un Ford Transit fourgon, un Nissan Capstar benne de 3,5 t et un véhicule de tourisme classique.

Former les conducteurs

« Je suis parti du principe que pour chaque nouveau salarié, une formation de conduite doit être suivie », résume Yann Le Goff. Les formations abordent différents aspects de la conduite : « D’abord pratiquées avec des véhicules de Centaure, elles sont ensuite menées avec des véhicules professionnels pour se mettre en situation de conduite du quotidien et aborder la question de l’arrimage des charges et du chargement du matériel. Avant de passer aux véhicules personnels pour la prévention des accidents possibles entre le domicile et le travail », détaille ce responsable.

Ces stages n’empêchent pas un accompagnement des salariés avec des piqûres de rappel régulières sur la question de la sécurité routière. « Ce sont des rappels que nous faisons au quotidien sur l’entretien des véhicules, la vérification des niveaux ou bien celle des pneus, l’attelage de la remorque, l’arrimage des charges, etc. », énumère Yann Le Goff. Chez ce paysagiste, les salariés sont aussi formés sur le thème du chargement et du travail autour de leur véhicule dès leur arrivée. « Je les accompagne sur la route dès le premier jour. C’est l’occasion de montrer comment charger ou comment se positionner sur la chaussée avec une remorque », explique le responsable. Et pour les salariés qui ne sont pas titulaires du permis BE, la formation à la conduite avec remorque est prise en charge par l’entreprise.©Pavel-Vinnik-shutterstock

Rappeler les règles

La transmission des règles de bonne conduite passe aussi par des outils plus traditionnels, comme l’intégration des questions de comportement au volant dans le document unique. « Il y est indiqué que l’usage du téléphone au volant est interdit. Il y est aussi rappelé les règles de chargement et de déchargement des véhicules, et de leur entretien. Et tous les salariés en sont signataires », souligne Yann Le Goff pour Normandie Espaces Verts.

Dans le document unique, il est rappelé les règles de chargement et déchargement des véhicules, et de leur entretien

Mais si la sécurité routière des salariés repose sur leur comportement, ceux-ci sont aussi aidés au quotidien par les matériels mis à leur disposition. « Sur le poids lourd de 8 t, nous avons une signalétique particulière, note Yann Le Goff : il s’équipe de gyrophares, de bandes réfléchissantes blanches et rouges sur la longueur. C’est un poly-benne avec des arrimages dans la benne. Notre fourgon est équipé de manière similaire par un carrossier. »

Car pour une entreprise comme Normandie Espaces Verts, amenée à intervenir en bordure de route, la sécurité routière des salariés passe aussi par une attention spécifique portée à l’ergonomie des véhicules. « Il faut que les bennes puissent se décharger au sol, indique Yann Le Goff, qu’elles possèdent un quai aménagé pour y accéder plus facilement. Les bennes sur le fourgon se dotent également de réhausses grillagées dont celle du côté trottoir est amovible. »

Chez le plâtrier Morales, l’attention se porte pareillement sur les équipements de sécurité. « Nous choisissons systématiquement une séparation entre l’habitacle et l’espace de chargement, avance Guénaëlle Abado. Et nous équipons les véhicules de galeries et de sangles pour accrocher le matériel et le charger. »

Éviter les trajets inutiles

Mais la sécurité du chargement passe aussi par une bonne anticipation des déplacements et des matériels nécessaires. Une précaution qui amène non seulement à arrimer les charges correctement, mais aussi à éviter des trajets inutiles. « Et comme dans toutes les entreprises du BTP, nous équipons de même systématiquement les véhicules d’une trousse de secours », complète la représentante de Morales.

Autre précaution indispensable pour une route plus sûre, les pneus : « Nos véhicules sont équipés en fonction des saisons avec des pneus neige par exemple », poursuit la responsable. Et si cette responsabilité liée à la sécurité routière revient aux dirigeants de Morales, ils attendent aussi la participation des salariés sur cette question : « Pour notre part, nous faisons en sorte d’entretenir les véhicules (visites au garage, contrôle technique) et de nous assurer que les informations remontent dès qu’il y a un problème », conclut Guénaëlle Abado.

Des ADAS de série

Pour sa part, Alexandre Rousselle se repose sur les équipements de sécurité qui équipent les véhicules de son parc, renouvelés régulièrement avec des contrats de LLD : « GPS, Bluetooth, régulateur-limiteur de vitesse, assistance au freinage, alerte de franchissement de ligne ou de distance de sécurité : ce sont maintenant des équipements de série », liste ce dirigeant de l’entreprise familiale de peinture et ravalement, à la tête d’un parc de six utilitaires et un véhicule particulier.

Pour aller plus loin dans sa démarche de prévention routière, Vosges Résine Habitat a misé sur un autre type d’outil en équipant l’ensemble des véhicules du parc en télématique avec le prestataire Webfleet Solutions (ex TomTom). « La prévention, c’est avant tout le contrôle. Notre métier nous impose d’être exemplaire », estime Tarik El Ainani.

Les véhicules de Vosges Résine Habitat sont donc suivis par cet outil télématique depuis deux ans, alors que l’entreprise existe depuis trois ans. « Il fallait surveiller la consommation et le temps de travail réel au fur et à mesure que la société grossissait », justifie Tarik El Ainani. Qui suit les remontées d’informations sur l’interface du prestataire. « Nous analysons l’ensemble des données du véhicule : où il se trouve, depuis combien de temps il est arrêté, sa vitesse et ses pointes, sa consommation, etc. Des graphiques tricolores donnent aussi des indications sur les performances des véhicules et les comportements de conduite », détaille-t-il.

Passer à la télématique

Ces outils ont eu un effet immédiat sur les comportements de conduite : « Les changements n’ont pas tant porté sur la vitesse que sur la consommation », observe Tarik El Ainani. Car sur le comportement de conduite, outre les stages et les actions de sensibilisation, le dirigeant s’en remet aux conducteurs : « J’ai confiance dans le comportement des salariés sur la route. Ils véhiculent l’image de la société dans leurs déplacements. On ne peut pas présumer du comportement des personnes lors de l’embauche, mais nous essayons de recruter des salariés avec une certaine maturité. » Ce qui est assurément la première garantie pour éviter les accidents…

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