Rapport Transport&Environnement : électrification des flottes, comment y parvenir ?

Selon un rapport de l’ONG Transport&Environnement (T&E), l’Union européenne (UE) doit mettre en place de nouvelles mesures législatives pour accélérer l’électrification du parc automobile en Europe. Au programme : quotas de véhicules à faibles émissions pour les flottes, suivi régulier de leur composition et sanctions en cas de non-respect.
1179
T&E flottes
Photo d'illustration © Freepik

Dans son rapport, T&E expose comment la réglementation par l’UE des flottes d’entreprise et urbaines peut accélérer leur transition énergétique. En préalable, l’ONG a commandé une étude à Milieu Consulting sur la faisabilité juridique de ces mesures qui pourraient être proposées à la Commission européenne.

D’après les chiffres de cette étude, les flottes représentent 20 % de l’ensemble du parc roulant en Europe avec 63 millions de véhicules. De plus, les véhicules d’entreprise roulent en moyenne 2,25 fois plus que les voitures des particuliers. C’est pourquoi elles seraient responsables de la moitié des émissions de CO2 du transport routier européen, selon les estimations de T&E.

Par ailleurs, T&E signale que « plus de la moitié des véhicules vendus actuellement en Europe sont des voitures de société ». En 2020, 10,9 millions de véhicules légers (VL) neufs ont été immatriculés dont plus de 6 millions de pour les entreprises et moins de 5 millions pour les particuliers, avec respectivement 13 % et 8 % de véhicules électrifiés.

Électrification des flottes : véritable enjeu vers le « zéro émission »

« Avec ces nouveaux véhicules qui atteignent rapidement le marché de l’occasion, les flottes d’entreprise façonnent le parc automobile de l’UE », continue T&E. L’électrification du segment serait par conséquent « le principal levier pour accélérer la décarbonation du transport routier », soulève T&E.

Concrètement, orienter les entreprises vers « des flottes zéro émission » à l’échelle de l’UE pourrait « stimuler la demande en véhicules à faibles émissions (VFE) sur le territoire européen, renforcer les investissements et leur production, et donc contribuer à la création d’emplois », d’après ce rapport.

Mais surtout, l’électrification des flottes entraînerait « assez rapidement des prix abordables des VFE pour les particuliers. Les véhicules d’entreprise arrivent effectivement sur le marché de l’occasion après une possession moyenne de seulement 36 à 48 mois », rappelle T&E.

Un nouveau règlement de l’UE pour des quotas de VFE

L’UE révise actuellement le cadre réglementaire afin de déterminer à la fois les efforts de réduction des émissions de CO2 et d’électrification dans le secteur du transport routier. Pour l’ONG, la stratégie de mobilité durable et intelligente (SSMS) de l’UE « va vers la bonne direction. » Pour rappel, la SSMS a fixé comme objectif de mettre à la route au moins 30 millions de VFE en service d’ici 2030 en Europe et près de 100 % en 2050.

Dans son rapport, T&E recommande d’établir un règlement de l’UE spécifiant que « toute entreprise ayant une flotte de 25 véhicules ou plus devra acquérir 50 % de ses VL neufs en tant que VFE à partir de 2025. » Un seuil qui passera à 100 % à partir de 2030.

Des spécialistes du secteur automobile, tels que le loueur LeasePlan et l’analyste de données Dataforce, ont confirmé à T&E que le nombre de 25 véhicules dans une flotte exempterait les TPE de l’objectif, conformément au programme de l’UE

50 % de VFE d’ici 2025

Les flottes urbaines sont aussi à « électrifier massivement », annonce T&E. Selon ses chiffres, les taxis et véhicules d’autopartage roulent environ 60 000 km par an, soit en moyenne cinq fois plus qu’un particulier.

Pour ces flottes à kilométrage élevé – taxis, VTC, location courte et moyenne durée, autopartage et fourgonnettes de livraison – T&E préconise que le règlement de l’UE définisse le même quota que pour les flottes d’entreprise, soit 50 % en VFE à partir de 2025, puis à 100 % à partir de 2030.

T&E estime que ces obligations fixées à 2025 apporteraient au moins 15 millions de VL entièrement électriques d’ici 2030 pour le grand public sur le marché de l’occasion – soit la moitié de l’ambition de la SSMS.

Par ailleurs, l’étude juridique de Milieu Consulting a confirmé à l’ONG qu’un nouveau règlement de l’UE fixant des exigences de VFE pour les flottes « est le moyen optimal pour stimuler l’adoption de ces véhicules ».

Enfin, T&E souhaite l’existence d’un système de rapports « transparents, obligatoires et réguliers sur la composition des flottes d’entreprise et urbaines afin de vérifier leur conformité, ainsi que la mise en place de pénalités ou récompenses. »

Le TCO en faveur de l’électrification ?

D’après l’ONG, « si le coût d’achat des VFE reste un obstacle à leur adoption, notamment chez les particuliers, leur coût d’usage reste moindre par rapport aux véhicules thermiques. En revanche, « le coût total de possession (TCO) dicte les décisions d’achat des entreprises, et non le seul prix d’achat », rappelle T&E. Un fait qui expliquerait, selon T&E, pourquoi de plus en plus de flottes se sont tournées vers les VFE, notamment en 2020. T&E prévoit aussi qu’une « réduction du prix des batteries d’ici 2025, contribuera à baisser des prix des véhicules par les constructeurs. »