Un marché déprimé qui glisse vers la LLD

Avec la crise, la gestion de parc évolue dans les PME-PMI, la location longue durée aurait même tendance à se développer fortement.

- Magazine N°152
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Un marché déprimé qui glisse vers la LLD

«Le marché des voitures de sociétés destinées à des petites et moyennes entreprises est en forte baisse, de l’ordre de 15 à 20 % sur les sept premiers mois de l’année. Ce marché est d’ailleurs plus touché que celui des grands comptes. Cela se traduit par un plus faible renouvellement des véhicules, dans le cadre du crédit classique. De même, lorsque le véhicule a été financé par créditbail, le client a tendance à conserver son véhicule à la fin du crédit au lieu de reprendre un nouveau crédit-bail. Dans le cadre de LLD, nous observons de plus en plus souvent des retours prématurés de véhicules. La PME qui a licencié une personne préfère alors payer les indemnités liées à l’arrêt anticipé du contrat que de conserver une voiture inutile. Lorsque la flotte est plus importante, elle peut servir à un autre collaborateur. Les petites sociétés à faible effectif n’ont pas cette souplesse », estime Francis Harnie, responsable des ventes sociétés et LLD chez Peugeot.

Notons également que « le marché est plus morose pour les véhicules utilitaires (VU), avec une chute de 25 % des achats, que pour les véhicules particuliers (- 10 à 15 %) », ajoute Francis Harnie. « Nos clients ont tendance à prolonger les contrats de LLD en cours pour éviter de subir les hausses liées aux nouvelles conditions du marché et à la dépréciation du marché des véhicules d’occasion », précise Grégory Libre, directeur du réseau commercial Moyennes Entreprises et Grandes Relations chez Arval France.

Dans la pratique, lorsque la flotte est inférieure à 100 véhicules, les PME ont encore majoritairement tendance pour leurs flottes automobiles à passer par l’achat au comptant, le crédit classique ou la LOA (location avec option d’achat). Mais les mentalités changent. « La flotte automobile représente un coût important pour une société, quelle que soit sa taille, d’où la nécessité d’anticiper ce coût grâce à un loyer fixe et de le lisser sur la durée », souligne Claude David, responsable des relations avec les PME-PMI chez Cofiparc. « Notre objectif, ajoute-t-il, est de conquérir une clientèle PME en partenariat avec les concessionnaires. Certaines sociétés s’adressent au concessionnaire pour leurs besoins en véhicules d’entreprises. Celui-ci leur propose son organisme captif pour le financement et la gestion de leur flotte, par exemple, la Diac pour Renault. Si leur parc comprend à la fois des Renault, Peugeot et d’autres marques, la PME a intérêt à n’avoir qu’un seul interlocuteur. Nous sommes ainsi sollicités par les concessionnaires. »

Un glissement vers la LLD

« Auparavant, nous achetions nos véhicules en crédit-bail. Il y a trois ans, après une analyse financière, nous avons estimé que cela n’était pas rentable et nous avons choisi la LLD qui nous permet de ne pas avoir les véhicules à notre charge, ce qui est d’autant plus important dans l’activité du bâtiment où les véhicules roulent beaucoup et changent souvent de chauffeurs. L’entretien et la maintenance, pris en charge par le loueur, sont alors des données prépondérantes », explique Eric Cerizza, responsable logistique de Nexilis Crudeli (300 personnes) dont le parc comprend 130 véhicules composé à 97 % de véhicules utilitaires.

Même changement de cap pour Monceau Fleurs qui a repris les enseignes Happy et Rapid’flore et compte 237 personnes (hors boutiques franchisées). « Nous avons une trentaine de véhicules dont 60 % en VP pour les commerciaux qui assurent notre développement. Depuis 2007, nous avons recours à la LLD, ce qui évite des sorties financières importantes, permet de bénéficier de véhicules neufs en parfait état et de faire évoluer le parc plus facilement », indique Laurent Vitteau, directeur des achats services généraux groupe.

« Nous avons remarqué que nous obtenons souvent de meilleures offres auprès des concessionnaires. Lors de notre dernier appel d’offres qui concernait sept Berlingo, Citroën était mieux placé que le loueur spécialisé que nous avons consulté. Le concessionnaire gère ensuite en direct la LLD via son organisme captif ou nous adresse à un spécialiste comme Arval. Nous payons le loyer à l’organisme financier et l’entretien est pris en charge par le concessionnaire », indique Eric Cerizza.

Chez Peugeot, ce glissement vers la LLD se concrétise dans les chiffres « Nous constatons un accroissement de la demande de LLD. Alors que les PME-PMI qui avaient recours à ce mode de financement n’excédait pas 15 %, nous devrions franchir rapidement le cap des 20 % », souligne Francis Harnie.

Principaux avantages de la LLD : elle permet de lisser les coûts et également de ne pas toucher à la trésorerie. « Surtout en ce moment, alors que les banques restreignent le crédit, la LLD permet d’éviter de tirer sur la trésorerie », affirme David Velay, directeur commercial d’Elat, une société spécialisée dans la LLD.

Sur le plan financier, le loyer apparaît dans le compte d’exploitation mais pas dans le bilan, une donne qui pourrait changer en 2011 avec une éventuelle réforme de l’IFRS. La LLD perdrait alors son intérêt financier. Resterait alors l’avantage d’une gestion externalisée, avec un seul interlocuteur et une seule facture mensuelle à régler.

Comment se calcule un loyer ?

« Nous tarifons selon un couple durée kilométrage, auquel s’ajoute un certain nombre de prestations, selon le choix de la société, comme l’entretien, les réparations, le remplacement des pneumatiques, l’assistance, la mise à disposition d’une voiture de remplacement, l’assurance, la carte carburant…Ce loyer intègre la gestion du parc », indique Claude David de Cofiparc. De fait, le couple durée-km prend en compte la valeur résiduelle de la voiture qui revient au loueur, en fin de parcours, car « un véhicule est un produit qui se déprécie », ajoute-t-il.

Cependant de nombreuses PME, surtout quand il s’agit d’une première approche de la LLD, ont des difficultés à quantifier le kilométrage qui sera parcouru dans les 36 mois à venir, si cette durée est choisie. « Or si le véhicule affiche au compteur un kilométrage supérieur à l’issue du contrat, ces kilomètres seront facturés. Inversement, si la voiture a moins roulé que prévu, la société ne bénéficie pas d’une remise », explique Claude David.

Afin d’éviter les mauvaises surprises, Cofiparc, comme les autres loueurs longue durée, fait régulièrement le point afin de proposer en cours de route un réajustement du contrat, si nécessaire, en fonction de l’utilisation.

Nexilis a trouvé la parade : « comme nous disposons d’une flotte de 130 véhicules, nous surveillons le kilométrage des véhicules grâce à une puce qui permet la géolocalisation et le suivi des véhicules et, si nous observons une dérive, nous effectuons un échange de chauffeurs, car certains roulent plus, d’autres moins, en fonction de leur activité. Cela nous permet de rester dans le cadre du couple durée/kilométrage fixé au départ, lors de la location. C’est important, car une fois le kilométrage dépassé, l’entretien et la maintenance ne sont plus couverts par le contrat, à moins de demander une modification de ce contrat », indique Eric Cerizza.

Des solutions de financement plus souples

Cofiparc propose aussi une formule innovante afin, souligne son responsable, « de faire coller le loyer mensuel à l’activité réelle de la PME. Cette formule est particulièrement intéressante pour les plus petites d’entre elles. L’idée est de dissocier, d’un côté, un forfait mensuel lié à la dépréciation du véhicule et, de l’autre, la facturation liée au kilométrage parcouru, qui intègre des données comme l’assistance, les réparations, l’entretien et les pneumatiques. Ainsi, si le véhicule n’est pas utilisé pendant un mois de vacances, par exemple, la PME ne paye que le forfait mensuel ».

La facture s’adapte ainsi aux fluctuations de l’activité, selon l’usage du véhicule. Un artisan savoyard dont l’activité est faible en hiver verra sa facture globale se réduire pendant cette période puis augmenter si l’activité se redresse. Cette solution permet de faire face aux creux d’activité et évite de s’engager à l’avance sur un kilométrage. Elle s’adapte aussi aux professions libérales comme les médecins. « Si celui-ci est obligé d’arrêter momentanément son activité pour maladie, il ne paye pas l’utilisation du véhicule au km car celui-ci reste au garage. Si le nombre de ses visites est réduit pendant une période, ou au contraire en forte augmentation, la facturation suit. Cette formule est également intéressante au niveau fiscal car les charges passées sur l’exercice fiscal correspondent mieux à l’activité et donc aux revenus », explique Claude David qui souligne que les PME, et à fortiori, les TPE « ont besoin de souplesse et de sur-mesure ».

Autre solution adaptée aux petites entreprises : une formule de loyer dégressif qui permet de résilier plus facilement le contrat si la société subit un recul d’activité et doit se séparer d’un de ses véhicules ou bien si elle a des difficultés a anticiper ses besoins en véhicules à un horizon de deux ou trois ans. « Ce paiement dégressif avec un loyer plus élevé au départ répond notamment aux besoins des petites entreprises qui prennent un véhicule pour assurer un chantier de quinze mois sans savoir quelle sera leur activité ultérieure. En cas de restitution prématurée, le client ne paye aucune indemnisation. En revanche, si il décide de conserver le véhicule jusqu’à l’issue du contrat, le loyer est plus faible », explique le responsable des relations avec les PME-PMI chez Cofiparc.

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