Un marché sous l’emprise du CO2

Pour l’ensemble des constructeurs, l’impact de la fiscalité écologique a guidé le marché l’an passé. Et il y a de bonnes raisons pour que cela se poursuive cette année.

- Magazine N°136
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Pas de doutes, l’année 2007 pour les flottes comme pour les constructeurs, aura été marquée par la fiscalité, les seuils de CO2 et par la nécessité d’adapter autant les modèles que les cars policies à ces nouvelles données réglementaires. Les constructeurs témoignent de cette effervescence liée à la remise à plat de leurs gammes pour se conformer aux règles fiscales et à la demande de leurs clients. Et cette agitation devrait se maintenir cette année avec l’application de l’écopastille. Chez Renault par exemple, on estime que « passé l’attentisme des entreprises et des loueurs courte et longue durée en janvier 2008, lié à la mise en place des process de fonctionnement avec le ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement Durable, nous observons une bonne reprise des commandes. Et Renault est très bien positionné avec 70 % de sa gamme éligible au bonus ». Car pour la marque au losange, il est certain, que les cars policies vont être modifiées et s’orienter vers des véhicules ayant une écotaxe favorable. « Notre offre est, quoi qu’il arrive, bien en phase avec l’écopastille, et plutôt en avance par rapport aux autres constructeurs », indique cette marque qui met en avant « une gamme de véhicules répondant aux exigences des entreprises avec des TCO (Total Cost Ownership) très bien positionnés ».

CO2 et TCO

Même résonance chez Peugeot où l’on considère que le critère essentiel des gestionnaires de parc est le coût d’utilisation des véhicules, coût dans lequel les taxes ont un impact non négligeable avec la mise en place en 2007 de seuil sur les grilles de taxation liées aux émissions de CO2. « Il est clair que les modifications de la règle de la TVS ont eu un fort impact non pas sur la quantité de véhicules détenus dans les parcs des entreprises, mais sur la constitution de ces parcs, notamment avec un renforcement des véhicules à émissions de CO2 réduites, explique-t-on chez Peugeot Parc Alliance. Notre offre de véhicules respectueux de l’environnement va s’étoffer avec l’apparition d’une 308 HDi FAP avec boite manuelle pilotée à six rapports dont le niveau d’émission sera contenu à 120 g/km de CO2. »

Chez Citroën, on se félicite d’une année 2007 qui a vu la famille C4 Picasso faire un «carton» en Europe et acquérir 20 % de part de marché sur le segment des monospaces compacts. « Les bons résultats du second semestre 2007 se poursuivent en janvier 2008 (ventes VP+VU en hausse de 6,2 % dans un marché en repli de 5,4 %), explique Michel Valet, Directeur ventes marchés et entreprises de la marque aux chevrons. Cependant, même si les performances de la marque semblent s’inscrire dans une dynamique de croissance régulière, indépendamment de la nouvelle fiscalité environnementale, il est encore trop tôt pour tirer des enseignements sur le comportement futur du marché des ventes à sociétés à plus long terme. Pour l’heure, la demande pourrait s’orienter vers des modèles de plus petits segments au sein de la même gamme. Chaque entreprise pourrait réajuster sa politique d’achat de flotte en fonction de son activité, son mode d’acquisition ou de son utilisation. »

Les marques allemandes au point Face à l’introduction de l’écopastille, Lionel French-Keogh, Directeur des ventes Kia, estime quant à lui que « Le marché réel des mois de décembre 2007 et janvier 2008 a été ralenti par l’annonce de la mise en place de cette écotaxe. Cependant, le besoin de renouvellement du parc des sociétés reste inchangé, ce qui risque d’être modifié, c’est le mix des ventes. »

Pour le groupe VW, Cédric Journel explique à l’inverse n’avoir pas enregistré depuis l’apparition de l’écotaxe, de ralentissement d’activité. « Nous avons travaillé avec nos clients et avec les loueurs afin de référencer l’ensemble de nos produits avec les meilleurs niveaux d’émission de CO2. La problématique du CO2 est intégrée dans l’optimisation des coûts. C’est pourquoi nous avons travaillé pour avoir des modèles «statutaires» type Skoda Octavia, Audi A4, VW Passat avec des émissions de CO2 inférieures à 140 g. Cela permet d’éviter le glissement vers des véhicules de gammes inférieures. »

Enfin, toujours chez Volkswagen, on ne mesure pas encore l’impact du bonus malus sur les modèles haut de gamme. « Les véhicules haut de gamme concernent une catégorie d’utilisateurs qui possèdent des plafonds financiers plus importants. Certains clients conservent leur habitude d’achat « coup de coeur », d’autres portent une attention plus forte au niveau des émissions ; mais nous continuons à bien vendre nos modèles haut de gamme. »

Selon les responsables de Mercedes, la nouvelle fiscalité a impacté les ventes positivement fin 2007, mais aura en 2008 un impact négatif. Toutefois, la marque allemande mise encore sur la Classe B qui a progressé l’an passé de + 15 % ainsi que sur développement de la Classe C Break et du nouveau CLC (à TVA récupérable) pour maintenir ses ventes cette année auprès des entreprises. Mercedes compte aussi sur ses motorisations : « nouvelle Classe C à 135 g, Classe B à 135 g et Classe A à 119 g dès mars 2008 ». Enfin, la marque va proposer aux entreprises la Classe B et la Classe E ainsi que le Sprinter en version GNV.

Ecotaxe : zéro tracas pour BMW

Les efforts portant sur la réduction des émissions de CO2 sur les motorisations ont été aussi chez BMW le garant du maintien de son volume de ventes auprès des entreprises. « Nous ne constatons aucun impact négatif de l’écopastille sur notre volume d’activité », explique Vincent Salimon, Directeur des ventes de la marque. « Le seul effet notable a été une accélération des immatriculations de véhicules soumis au malus en fin d’année 2007. Il est vrai que notre gamme est particulièrement bien positionnée en termes d’émission de CO2 puisque plus de la moitié de votre volume est bonifié ou neutre. Nous ne craignons donc pas le système de l’écopastille qui ne peut qu’être favorable à la position de BMW, comme la TVS mise en place en 2006 et basée sur le niveau de CO2 a été favorable à la marque sur le marché des entreprises. »

Ainsi, précise Vincent Salimon, « La nouvelle Série 1 a été particulièrement appréciée par les entreprises puisqu’elle a progressé de 50 % en 2007 auprès des LLD. Il est vrai que son faible niveau de TVS (476 €) conjugué à son bonus de 700 € n’est pas fait pour déplaire aux chefs d’entreprises. Chez les grands comptes, la Série 1 émerge également dans les flottes des commerciaux, parfois en remplacement de marque premium, mais également de plus en plus souvent, en remplacement de marques généralistes. »

Pour Opel, l’arrivée de nouvelles motorisations va relancer la marque auprès des entreprises. Selon Philippe Peyrard, à la tête des ventes sociétés de GM, en 2007, « La gamme Zafira a enregistré des difficultés à cause d’un taux d’émissions de C02 moyen et de fortes conditions attribuées par nos principaux concurrents. La Corsa a connu un démarrage tardif en «société» dû à l’approvisionnement en priorité des clients «particuliers». Enfin, en utilitaire, nous avons été handicapés sur les quatre premiers mois de l’année par l’absence de production de Combo (transfert de l’usine du Portugal vers l’Espagne) et la pénurie de Vivaro liée au succès européen du véhicule. »

Aussi, chez GM, on s’apprête donc à dévoiler l’Opel Zafira restylé, le nouvel Agila puis la Chevrolet Aveo. Pour le responsable de GM, l’introduction de l’écopastille devrait provoquer des adaptations sur le mix avec un renforcement des ventes des petites et moyennes gammes et peut être favoriser également les véhicules « deux places » en petite et moyenne gamme.

Ecopastille : des effets indésirables ?

L’autre marque américaine, Ford, va, de son côté, poursuivre l’extension de sa gamme Flexifuel. « Nous respectons notre engagement en proposant désormais la gamme la plus complète du marché avec la Focus, le C-MAX, la Mondeo, le S-MAX et le Galaxy », précise la marque américaine. « A terme, chaque gamme de la marque proposera une motorisation fonctionnant à l’E85. Aujourd’hui, une Ford Flexifuel sur deux est vendue à entreprise. » Dans le même temps, Ford développe cette année sa nouvelle gamme ECOnetic, avec une Focus émettant moins de 115 g de CO2/km et une Mondeo à moins de 140 g de CO2/km.

Enfin, chez Hyundai, on estime que la mise en place de l’écotaxe, cumulable avec le système de TVS (lié elle aussi à l’émission de CO2), va entraîner inévitablement une modification des prix de vente à professionnel, avec une augmentation du mix produit du segment A, B et C ; une augmentation du mix des petites motorisations sur les segments D et, au delà, une augmentation des ventes VPC à TVA récupérable non assujettis à la TVS et à l’écotaxe.

De même, estiment les responsables de Hyundai, le cumul de ces deux taxes liées à l’environnement va obligatoirement avoir une incidence sur les coûts de détention pour les entreprises avec pour conséquences possibles une orientation vers les entrées de gamme, un allongement des durées de détention et de financement et un éventuel équilibrage entre les différents canaux de ventes (professionnel/ particulier). Autant de conséquence qui vont pouvoir être observées dans les prochaines semaines, et qui ne devraient pas manquer de modifier sensiblement l’évolution des ventes aux entreprises au cours de l’année 2008.