Un record de ventes qui annonce des rationalisations ?

Si le niveau de ventes de véhicules aux entreprises l’an passé atteint un record, il conduit de nombreux constructeurs à vouloir rationaliser leur activité sur ce marché.

- Magazine N°116
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Un total de 893 554 véhicules vendus à des entreprises pour un taux de croissance de 2,4 %, jamais ce marché n’avait réellement atteint un tel niveau de ventes en France. Si l’on ne compte que les modèles VP et VU véritablement commercialisés auprès d’entreprises, c’est en effet un record qui a été atteint. Les ventes de véhicules aux sociétés ont ainsi représenté l’an passé un taux de 35,9 % du marché automobile français (1).

Pourtant, dans le même temps où ce secteur atteint des sommets, il pousse aussi, semble-t-il, les constructeurs à mieux structurer leurs ventes et à ne plus se laisser aller à de coupables écarts auprès des grands comptes.

La LLD en baisse ?

L’année 2005, commentent la plupart des constructeurs, a été particulièrement «chaude» dans le domaine des ventes de véhicules utilitaires. Il est vrai que de très nombreuses marques vont en 2006 dévoiler d’importantes nouveautés nécessitant vraisemblablement un certain «déstockage ». Ainsi, dans la catégorie des utilitaires lourds, la progression des ventes est de + 6,3 % et de + 5 % pour les utilitaires compacts.

Au total, ce sont 420 125 ventes d’utilitaires qui ont été enregistrées, dont 339 889 à des entreprises. Un volume de matériels qui contribue sans nul doute à l’évolution croissante des ventes aux sociétés. Ainsi, les voitures de sociétés dites dérivées VP ont représenté à elles seules un total de 123 990 ventes l’an passé soit 30 % du marché des utilitaires. Dominé par la Renault Clio (34 030 unités) et la Peugeot 206 (23 550 unités) ce segment de ventes est, lui, en recul de 0,5 %.

Du côté des ventes de voitures aux entreprises, la progression n’est que de 1,5 % à 553 665 véhicules. Ce modeste résultat est principalement obtenu grâce à l’augmentation des ventes aux flottes (+ 4,3 %) et à celles aux loueurs courte durée (+ 9 %). En revanche, les ventes aux loueurs longue durée sont stoppées à – 11 % cette année.

Renault en baisse de 2,6 %

C’est cette même tendance que l’on retrouve dans les résultats de Renault. Largement leader sur ce marché en France, la marque au losange enregistre une baisse de 2 points de part de marché. Hormis en VU où Renault améliore son score d’environ 2 000 unités, les chiffres du constructeur français sont partout en baisse traduisant un recul des ventes aux entreprises de -2,6 %.

Il en va ainsi des ventes aux flottes en baisse de 2,3 % principalement en voitures particulières, celles du secteur de la LLD où les ventes Renault baissent de 12 % là encore surtout en VP alors que les ventes aux loueurs courte durée progressent de 7 %. Visiblement, la politique sélective que Renault veut appliquer en direction de la location courte durée par la réduction de ses volumes n’a pas eu encore d’effets en 2005 (voir encadré en page 22 de ce numéro). Il faut croire que l’érosion des performances de la marque s’est faite sentir également auprès des flottes.

Du côté de Peugeot, on a joué la stabilité, politique de la marque oblige. . . Peugeot ne perd que 0,6 points de part de marché et ne recule en volume que de 580 unités. Une belle opération si l’on tient compte des conditions commerciales qui semblent avoir été particulièrement dégradées l’an passé, en particulier dans les ventes de véhicules utilitaires.

2005, l’année Citroën !

Le grand gagnant de 2005 est encore la marque Citroën qui gagne 0,5 point de part de marché et progresse de près de 7 400 unités en volume (+ 6,3 %), notamment auprès des flottes.comme on l’indique chez Citroën, cette évolution tient à la gamme complète et récente proposée désormais par ce constructeur, notamment sur les petits modèles, mais également aux séries Club et Leader réservées aux sociétés qui bénéficient selon les familles d’équipements complémentaires de série : type navigation, système Navidrive, régulateur de vitesse et l’ABS ou l’ESP sur certains utilitaires. Par ailleurs, Citroën insiste sur ses services, notamment la création l’an passé d’une plate-forme dédiée aux grands comptes et celle d’une plate-forme « relations clientèle » avec un accès téléphonique dédié.

La marque aux chevrons se montre volontiers optimiste puisqu’elle attaque 2006 avec la gamme la plus complète de son histoire allant de la C1 à la C6 et espère à nouveau une croissance supérieure à celle du marché.

VW à nouveau dans la course

Volkswagen affiche de son côté une augmentation plus importante de ses activités : + 10 % dont une progression de + 3 % pour la marque VW en LLD et en véhicules utilitaires. Mais la croissance la plus importante du groupe provient de Audi qui augmente ses ventes aux entreprises de + 27,5 % dans l’ensemble des segments de ventes. Pour le constructeur allemand, cette progression provient de « l’attrait pour sa gamme de produits renouvelée, attractive dotée d’un bon niveau de valeur résiduelle stable dans la durée ». Mais aussi, « la mise en place d’une organisation véritablement tournée vers le client avec une prise en compte des besoins ainsi que de la montée en puissance de nos réseaux. » Pour 2006, Volkswagen envisage un niveau de croissance comparable, notamment en développant ses ventes PME-PMI avec le réseau et en apportant des solutions aux distributeurs de la marque pour mieux travailler sur ce segment de marché. Par ailleurs, au niveau du produit, VW pourra compter sur sa marque d’utilitaires avec le lancement du Crafter et des nouvelles Passat SW et Skoda Octavia. Enfin, VW va mettre en place des actions spécifiques pour développer la marque Seat, notamment la nouvelle Léon et l’Altea.

GM : une croissance à consolider

General Motors voit ses ventes progresser également en direction des entreprises de plus de 6,6 %. Cette croissance tient pour une part à la gamme d’utilitaires mise sur pied dans le réseau Opel qui enregistre une progression de 22 %. En revanche, cette marque ne réalise pas la même performance en voitures particulières. Ainsi, si Opel progresse de 15 % auprès des flottes, la marque à l’éclair perd la moitié de ses ventes réalisées l’an passé sur le segment de la LLD. Une perte qu’elle compense par une part de ventes aux loueurs de courte durée en progression de 19 %.

Chez GM, on indique que ces ventes ont surtout bénéficié de la nouvelle Astra en VP et de sa déclinaison en version Affaires Berline et Break ainsi que du lancement réussi du nouveau Zafira. Enfin, au plan commercial, la marque Opel se félicite du professionnalisme grandissant de son réseau auprès des entreprises.

Pour 2006, ce constructeur envisage une progression du marché à nouveau de 2 à 3 %. Durant cette année, GM veut consolider ses résultats 2005 en développant ses ventes locales VP et VU par l’intermédiaire du réseau et en proposant des conditions «Flottes» attractives. Surtout,2006 devrait voir le lancement de la nouvelle Corsa.

Des nouveaux venus ambitieux

Plusieurs marques progressent avec une certaine régularité dans le domaine des ventes aux entreprises. Il en va ainsi de Mercedes qui croît de 3,2 %, de Chrysler-Jeep (+13 %), de Land Rover (+ 27,6 %) ou de Toyota qui, sans gamme d’utilitaires, enregistre une croissance de 6,7 % mais occupe seulement la neuvième place dans les ventes aux sociétés en France.

Mazda, qui augmente ses ventes de 22 %, veut pour sa part mieux tirer avantage de son engagement sur le marché des entreprises. Le réseau Mazda a été encouragé pour viser cette « cible de clientèle ». De son côté, le constructeur japonais a défini en France des partenariats avec les opérateurs de LLD multimarques et développé un « produit LLD avec services » propre à son réseau : Mazda Business Partner. Et pour 2006, Mazda veut atteindre un taux de 10 % de ses ventes réalisées auprès des entreprises. La marque pourra s’appuyer sur la Mazda5, le renouvellement du pick-up B-2500 et sur le « face lift » de la Mazda3, laquelle sera proposée également avec une motorisation diesel 90 ch.

Ford mise aussi sur les biocarburants

Ford, qui progresse de + 7,4 %, fait une belle opération en véhicules utilitaires puisque ses ventes ont augmenté de 10 %. « La progression de Ford, explique ce constructeur, a également été marquée dans certains domaines (Businesspartner : + 5 % ; LLD externes : + 30 % ; ventes réseau : +16 %) sur lesquels nous avons axé nos efforts. Nous avons par ailleurs remporté plusieurs appels d’offres d’envergure auprès des administrations. Enfin, le C-Max, la Focus et le Transit sont les principaux facteurs de succès ».

Pour 2006, Ford pourra aussi compter sur le lancement de nouveaux produits tels que la Fiesta et la Fusion restylée, le futur S-Max ainsi que les nouveaux Galaxy, Transit et Ranger. « Nous attendons aussi l’évolution de la législation sur les biocarburants », n’oublie pas de préciser la marque. Dans le même groupe, les ventes de Volvo sont aussi en hausse de 3,5 % à 4 684 unités, dont 1 774 auprès des flottes et 1 390 en LLD.

Cette année, Volvo ne devrait pas en rester là puisque son offre devrait attirer une nouvelle clientèle d’entreprises sensible à l’évolution de la fiscalité sur les véhicules de société. « Il en va ainsi, en haut de gamme, des modèles S60 et V70 proposés en version GNV, mais aussi dans le segment M2, des modèles S40 et V50 1. 6D 110 ch qui émettent respectivement 129g et 132g de C02/km, soit l’une des taxes sur les véhicules de sociétés les moins chères de leur catégorie à 645 € et 660 € », précise la marque suédoise.

Enfin, Nissan enregistre une progression de + 29 % qui n’est pas seulement due à la progression des VU. Ainsi, hors utilitaires, l’évolution de Nissan est de 39 % avec un gros volume livré aux loueurs courte durée (25 %). Avec l’arrivée de la Nissan Note (voir notre essai en page 56), la marque japonaise vise en 2006 une nouvelle année de croissance de l’ordre de 10 % (hors LCD) sur un marché en hausse de + 3 %.

Au total, sur ce marché des ventes aux entreprises en faible hausse l’an passé, seule Citroën, parmi les marques françaises, affiche donc une réelle progression. Du côté des importateurs, les nombreux challengers gagnent quant à eux des parts de marché en affichant des taux de progression importants. Ainsi, l’année dernière, les constructeurs français ont dû céder près de 2 points de part du marché des ventes aux sociétés.

(1) Ce qui laisse donc un total de 1 594 389 véhicules VP et VU dont 1 283 708 (51,6 %) vendus par ailleurs à des particuliers.