Un taux d’équipement faible malgré de réels bénéfices

Depuis des années, les fournisseurs de solutions de géolocalisation annoncent que le marché va exploser. Force est de constater que le taux d’équipement des flottes reste encore très faible. Mais les retours d’expérience sont unanimes pour vanter les bénéfices dus aux fonctionnalités développées autour des technologies du GPS et de la communication mobile.

- Magazine N°163
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Encore à développer auprès de la clientèle des entreprises, le marché de la géol

L’éco-conduite semble être le nouveau Graal des acteurs du marché de la géolocalisation. Masternaut, Nomadic Solutions et Traqueur ont déjà lancé leurs solutions à grand renfort de communiqués de presse. Dernière annonce en date, en septembre dernier, TomTom Business Solutions a levé le voile sur TomTom EcoPLUS. À partir d’un ordinateur connecté à internet, le gestionnaire ou l’exploitant de la flotte peut visualiser en temps réel la consommation de carburant, les émissions de dioxyde de carbone, le régime du moteur et les durées d’immobilisation lorsque ce dernier tourne au ralenti. Avec ces informations, l’entreprise évalue immédiatement le niveau de performance énergétique de sa flotte et le compare à des seuils de référence ou à des objectifs à atteindre, depuis le tableau de bord Webfleet de TomTom Business Solutions.

L’éco-conduite ne représente qu’une fonction supplémentaire pour optimiser les déplacements de la flotte avec davantage d’efficacité. Les solutions proposées permettent de rationaliser les tournées des véhicules, de réduire le nombre de kilomètres parcourus, de localiser les collaborateurs mobiles les plus proches d’un lieu d’intervention, etc. En outre, l’exploitant de la flotte accède à des rapports d’activité avec les déplacements des véhicules par période, le suivi kilométrique, les distances parcourues, la durée d’utilisation quotidienne, les heures de départ et d’arrivée ou bien encore la vitesse moyenne. Bref, l’entreprise maîtrise des informations précises et peut agir en conséquence pour réduire le coût de ses trajets.

Un avantage pour l’entreprise et les salariés

Pour l’entreprise, le retour sur investissement peut venir très rapidement. Avec sa solution Fleet Performance, Orange Business Services annonce un gain de productivité qui se traduit par une intervention supplémentaire par jour. L’opérateur téléphonique avance également une réduction moyenne de 5 à 10 % de la consommation de carburant. En parcourant moins de kilomètres, l’entreprise réalise aussi des économies sur les budgets pneumatiques et entretien et réduit ses risques d’accident. En cas de vol, les forces de l’ordre peuvent localiser et récupérer le véhicule dans des délais raccourcis. Enfin, le responsable de la flotte n’a pas à appeler le conducteur pour savoir où il se trouve. La facture des communications mobiles s’en allège d’autant.

Mais l’entreprise n’est pas la seule à profiter des bienfaits d’une solution de géolocalisation. Les conducteurs y gagnent aussi en confort. Si l’entreprise décide d’installer un écran sur le tableau de bord, la navigation GPS leur offre de réelles avancées. Non seulement, le conducteur n’a plus l’angoisse de se perdre, mais il peut accéder aux données sur le trafic, les radars, les accidents ou les travaux qu’il va rencontrer sur son parcours. Plus détendue, sa conduite est plus souple, moins consommatrice d’énergie et moins dangereuse. Et il n’y a plus à rédiger un compterendu en fin de journée ou après chaque mission : le système génère automatiquement les informations et les transmet en temps réel à l’entreprise.

Laurentin : une première expérience malheureuse…

Emmanuel Laurentin dirige une entreprise artisanale spécialisée dans le dépannage des chaudières murales. Dès le début des années 1980, ce chef d’entreprise féru de nouvelles technologies a équipé ses véhicules de radiotéléphones puis de terminaux Radiocom 2000, le premier réseau français de téléphonie mobile. Au début des années 2000, avec les progrès de la technologie, Emmanuel Laurentin a ressenti un fort besoin de traçabilité. « Je voulais avoir un suivi précis de l’activité des techniciens. Des contrôles inopinés mettaient en relief des absences dans leurs journées ».

En 2004, le chef d’entreprise a décidé de s’équiper d’une solution de géolocalisation pour assurer le suivi de ses véhicules, mais aussi pour transférer des données auprès de ses techniciens et ainsi leur éviter de revenir à leur base entre deux interventions. Avec un fournisseur installé à Tarbes, il a déployé un premier système sur six de ses véhicules, mais a rencontré de multiples problèmes techniques : « Nous avons changé de système informatique et de nombreux bugs apparaissaient lorsque nous voulions transférer les données. Et les techniciens étaient équipés de terminaux de vente qui ne fonctionnaient pas. Nous avons décidé d’arrêter ».

 … mais des résultats convaincants à plus long terme

Après cet échec, Emmanuel Laurentin s’est rapproché de Masternaut qui était en discussion avec le Gesec, un réseau de 300 installateurs indépendants du génie climatique et sanitaire dont il est membre. « L’installation des boîtiers et la mise en service de la solution se sont bien passées. Je suis pleinement satisfait de cet outil. Cela faisait une bonne dizaine d’années que je voulais géolocaliser mes véhicules pour ne plus avoir de litiges sur les heures de travail avec mes salariés. Avant de m’équiper, je voulais évaluer le coût d’une telle solution et sa rentabilité. Sur ce point, les résultats enregistrés aujourd’hui sont convaincants ».

Et d’ajouter : « Je ne paie pas mes salariés pour qu’ils aillent boire un café, passent chez le boucher et rapportent leurs courses chez eux. La flotte compte six véhicules attribués au technicien en charge de la maintenance. Un seul technicien a été très revendicatif et est parti quand le système a été installé. Il n’y a plus de récalcitrant. Bien au contraire :quand le système tombe en panne, les techniciens râlent parce qu’ils doivent rédiger des comptes rendus ».

La solution de Masternaut génère des rapports d’activité quotidiens et alerte le responsable quand une vidange ou un contrôle technique est programmé. « Nous comparons le relevé des heures avec les bons de livraison, explique Emmanuel Laurentin. Quelques clients contestaient la réalité des heures de travail. Avec le système, il n’y a plus de litige. Le client signe sur le terminal portable du technicien qui donne l’heure exacte de la fin des travaux. Nous vérifions cette information en la comparant avec les données recueillies grâce au système. De plus, nous pouvons avertir les clients quand un technicien est en retard et leur donner précisément son heure d’arrivée ».

Laurentin a accru sa rentabilité de 5 points

Laurentin Installation s’acquitte d’un abonnement de 45 euros par véhicule et par mois et ce, sans coût supplémentaire de communication, de maintenance ou de mise à jour. « La première année, nous avons économisé 10 % sur notre facture de carburant, se félicite Emmanuel Laurentin. En outre, nous avons gagné 5 points de rentabilité en éliminant les heures perdues. Le bilan est très positif. Je ne ferai pas marche arrière. Mon seul regret : que vous soyez équipé ou non, la prime d’assurance reste la même alors que les kilomètres parcourus sont revus à la baisse. Une chose est sûre : en tant que représentant national à la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), je militerai pour la généralisation des solutions de gestion de véhicules à distance ».

Sous-traitant de GDF et d’ERDF pour le relevé, l’indentification et le changement des compteurs, Codice est à la tête d’une flotte de 32 véhicules : 16 Peugeot 1007 et 16 Seat Ibiza. « Les véhicules sont dédiés au service et les techniciens ne peuvent pas s’en servir le weekend, avance Dominique Riou, responsable de la flotte. Or, nous avons reçu un PV pour une infraction commise un dimanche après-midi à 300 kilomètres du domicile du technicien. Et ce n’était pas la première fois qu’une telle mésaventure se produit. C’est principalement pour cette raison que nous avons décidé de nous équiper d’une solution de géolocalisation ».

Après avoir mené quelques recherches sur internet et interrogé plusieurs fournisseurs au téléphone, Dominique Riou a sélectionné deux entreprises et choisi finalement Traqueur. « C’était le fournisseur le mieux représenté et sa solution était la plus intéressante pour nos besoins. » Les seize véhicules d’intervention ont été équipés de boîtiers ad hoc entre les mois d’avril et juin.

Principale fonction employée par Codice, la géolocalisation permet de vérifier les heures de travail des techniciens. « Certains se plaignaient d’être débordés alors qu’ils ne travaillaient que cinq à six heures par jour. Nous nous rendions compte qu’ils n’étaient pas surchargés car nous allions parfois sur le terrain pour les remplacer. Dans six mois, nous pourrons faire un bilan et constater si la charge de travail est désormais normale ».

Par ailleurs, le week-end, dès que le moteur d’un véhicule démarre, une alerte est envoyée à Dominique Riou sur son ordinateur et son smartphone. L’application e-Manager de Traqueur est accessible depuis quatre postes informatiques et l’entreprise s’acquitte d’un loyer mensuel de 25 euros par véhicule, les boîtiers lui appartenant à l’issue du contrat de trois ans. « En optimisant le temps de travail, nous pourrions supprimer un poste, soit une économie de 3 000 euros sur les salaires ». Si Codice remporte un appel d’offres auquel elle a répondu récemment, Dominique Riou commandera 50 véhicules supplémentaires qu’il équipera de boîtiers de géolocalisation : « Le bilan est plus que positif. Les abus ont disparu et les râleurs qui avaient des choses à se reprocher ne peuvent plus protester ». De la géolocalisation comme outil de management…

Emmanuel Laurentin, directeur de Laurentin Installation

Emmanuel Laurentin, directeur de Laurentin Installation

Chez Codice, l’application e-Manager de Traqueur est accessible depuis quatre postes informatiques. L’entreprise s’acquitte d’un loyer mensuel de 25 euros par véhicule, les boîtiers lui appartenant à l’issue du contrat de trois ans.

Chez Codice, l’application e-Manager de Traqueur est accessible depuis quatre postes informatiques. L’entreprise s’acquitte d’un loyer mensuel de 25 euros par véhicule, les boîtiers lui appartenant à l’issue du contrat de trois ans.

Interview

« Le prix de la géolocalisation doit être comparé aux bénéfices enregistrés »

Éric Hubert, directeur commercial France de TomTom Business Solutions

Éric Hubert,directeur commercial France de TomTom Business Solutions

Créée en 2005, TomTom Work, la division entreprises du fabricant de GPS néerlandais, prend aujourd’hui le nom de TomTom Business Solutions. Éric Hubert, directeur commercial de la filiale française, fait le point sur son offre.

Quelle est votre part de marché en Europe ?

Les parts de marché sont difficiles à estimer car le taux d’équipement reste très faible. Il doit être de l’ordre de 10 à 15 % au niveau européen et de moins de 10 % en France. Le nombre de véhicules équipés de nos solutions est pour nous un indicateur important. En Europe, 125 000 véhicules le sont, ce qui fait de nous l’un des trois premiers acteurs avec Masternaut, notre principal concurrent, et Minorplanet. Nous sommes davantage présents auprès des flottes de véhicules de tourisme et d’utilitaires légers, avec un portefeuille de clientèle 15 000 entreprises.

Quel est le rythme de croissance du marché de la géolocalisation en Europe et en France ?

Le marché des véhicules d’entreprise a souffert ces dernières années. Mais en termes de nombre de véhicules installés et de revenus, nous enregistrons cette année une croissance de 40 %. Nous gagnons des parts de marché et nous nous sommes structurés pour maintenir ce rythme. De nouvelles filiales ont été ouvertes en Espagne, en Italie, aux États-Unis et en Afrique du Sud. Parallèlement, nous faisons évoluer en permanence nos solutions.

Avez-vous noué des accords de partenariat avec des constructeurs automobiles ou des compagnies d’assurance pour proposer des solutions télématiques à leurs clients ?

En tant que fournisseur des entreprises, nous ne voulons pas nouer de liens avec les constructeurs automobiles car nous nous intéressons à des problématiques d’exploitation de flottes multimarques. Quant aux compagnies d’assurance, c’est un moyen de pénétrer le marché des flottes. De leurs côtés, les assureurs recherchent des solutions techniques pour personnaliser leur contrat en fonction des habitudes de conduite de leurs clients. Mais une solution de suivi de l’utilisation d’un véhicule a un coût difficile à contrebalancer par les bénéfices obtenus sur une assurance dédiée aux flottes. Cela étant, nous sommes en discussion avec les assureurs.

Les applications autour de l’éco-conduite ne sont-elles pas un moyen de contourner le frein social inhérent à ce type de solutions ?

Ce n’est pas notre approche. Depuis la création de TomTom Work, nos solutions ne se limitent pas à géolocaliser les véhicules. Il ne s’agit pas de remonter une position toutes les secondes pour « fliquer » les collaborateurs de l’entreprise. Nos solutions constituent des outils pour travailler dans de meilleures conditions et à moindre coût. Nous aidons les conducteurs à perdre moins de temps sur la route et à réduire leur stress. Nos solutions ne sont pas de simples outils de géolocalisation, mais des dispositifs pour mieux gérer une flotte de véhicules. Quant à l’éco-conduite, c’est une fonction complémentaire pour réduire le coût du poste carburant et contrôler l’empreinte carbone de l’entreprise.

Le prix élevé d’une solution de géolocalisation ne reste-t-il pas encore dissuasif ?

Communications, maintenance et mise à jour comprises, nos solutions reviennent à 35 euros par mois et par véhicule pour des fonctions basiques, et 45 euros pour un système complet avec géolocalisation, navigation, envoi de feuilles de mission, etc. Il faut relativiser ces prix en les comparant avec les bénéfices enregistrés. Le retour sur investissement intervient au bout de trois à six mois avec la diminution des kilomètres parcourus, l’amélioration de la qualité du service rendu et l’optimisation des déplacements. En revanche, si l’entreprise cherche simplement à mettre un point sur une carte, la valeur ajoutée ne sera pas au rendez-vous.

Avec des volumes plus importants et les progrès technologiques enregistrés, les prix vont-ils baisser ?

Bien entendu, nos clients bénéficieront de nos innovations. Nous proposerons davantage de fonctionnalités à moindre coût. À titre d’exemple, il y a 18 mois, nous avons mis gratuitement une nouvelle information à leur disposition : ils peuvent désormais connaître en temps réel l’empreinte carbone de leurs flottes. Autre exemple, alors que l’information trafic était proposée en option pour plusieurs euros par mois, nous l’offrons maintenant pour 1,5 euro de supplément par mois et par véhicule. Nous avons atteint une masse critique qui nous l’autorise.

Comment l’apparition des véhicules électriques et hybrides peut-il aider au développement du marché de la géolocalisation ?

Nos solutions ont une légitimité immédiate en assurant le suivi du véhicule. Nous pouvons remonter en temps réel les informations relatives à l’autonomie de la batterie et guider le conducteur jusqu’à l’infrastructure de recharge la plus proche. De plus, nos solutions permettent de traquer les kilomètres superflus et donc de renforcer l’autonomie du véhicule. Sur une année complète, nos systèmes amènent à réduire de 15 % les kilomètres parcourus. Nous sommes en discussion avec des clients qui ont déployé des flottes électriques pour assurer des livraisons dans les centres urbains.

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