Véhicules d’occasion 2016 : dans le sillage de 2015

À moins d’une crise financière grave que les professionnels ne voient pas venir, le marché du véhicule d’occasion devrait rester en 2016 sur des tendances identiques à celles de 2015. Une stabilité globale qui ne doit pas occulter de subtiles évolutions même si ces dernières ne peuvent remettre en cause l’inertie relative des volumes et des prix.

- Magazine N°217
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Véhicules d’occasion 2016 : dans le sillage de 2015

Difficile de s’accorder sur les chiffres quand le référentiel choisi diffère. Pour Renault, le marché du VO doit être scindé en plusieurs canaux : les ventes réalisées par les concessionnaires, les retours de la location courte et longue durée vendus par les constructeurs à leurs réseaux, et les transactions entre particuliers.

Sur le marché des ventes entre particuliers, Renault estime sa part de marché à 25 %. « Sur le segment des VO de moins de 5 ans, nous plaçons deux modèles dans le Top 3, à savoir les Scénic et Mégane », affirme Serge Pietri, directeur de Renault Véhicule Occasion au sein de la direction commerciale de Renault France.

Pour les ventes des réseaux, Renault estime le marché à 1,813 million d’unités en 2015. Pour la marque au losange, les concessions ont écoulé 202 600 unités en 2015, soit + 4,6 % par rapport à 2014. Avec ces volumes, la marque peut revendiquer 11,2 % de pénétration, soit au-delà du seuil des 10 % qu’elle n’avait pas atteint depuis plusieurs années. « Depuis trois ans, nous sommes sur une bonne dynamique », se félicite Serge Pietri.

Progression des ventes de véhicules d’occasion et neufs

Véhicules d’occasion

Véhicules neufs

 

2015

Progression

2014

2015

Progression

2014

VO/VN

01-2015

432 268

– 4,2 %

450 989

133 170

6,2 %

125 454

3,246

02-2015

432 429

0,5 %

430 292

147 130

4,1 %

141 290

2,939

03-2015

495 016

8,5 %

456 255

196 572

9,3 %

179 865

2,518

04-2015

486 977

1,2 %

481 179

170 768

2,3 %

166 959

2,852

05-2015

406 023

– 4,6 %

425 736

143 059

– 4,0 %

148 951

2,838

06-2015

520 003

12,0 %

464 324

225 645

15,0 %

196 233

2,305

07-2015

514 877

1,1 %

509 502

147 125

2,3 %

143 777

3,500

08-2015

406 223

3,8 %

391 519

92 052

10,0 %

83 175

4,413

09-2015

470 609

3,5 %

454 502

164 774

9,0 %

151 101

2,856

10-2015

489 116

– 3,7 %

507 836

161 030

0,5 %

160 162

3,037

11-2015

448 299

5,8 %

423 900

150 339

11,3 %

135 070

2,982

12-2015

460 324

2,0 %

451 441

183 724

12,5 %

163 382

2,524

Total

5 562 164

2,1 %

5 447 475

1 917 230

6,8 %

1 795 959

2,906

Sources : AAA sur la base de chiffres provisoires au 31-12-2015, et Analytics Autoscout 24 France.

VO récents, de bons résultats pour Renault

Avec un total de 5 562 164 véhicules d’occasion vendus, 2015 s’affiche comme la meilleure année depuis 2007, à 5 570 770 véhicules. Et sans heurt majeur, 2016 pourrait bien suivre cette tendance.

Sur le segment des moins de 2 ans, soit l’offre réunie sous le label Garantie Or, le réseau Renault a enregistré 123 200 ventes en 2015, soit + 2,8 % par rapport à 2014. La marque a équilibré ses ventes selon les différents canaux et seuls 60 000 VO ont été retournés par les loueurs de courte durée. Ce volume raisonnable a permis d’obtenir de bons résultats sur le marché des VO récents.

Sur le segment de 2 à 5 ans pour lequel Renault a déployé son label Garantie Prix Futés, le constructeur a réalisé 66 000 ventes en 2015, à + 6,45 % par rapport à 2014. En affinant la segmentation aux véhicules de 3 à 5 ans, les kilométrages moyens atteignent 80 à 90 000 km, contre 60 à 70 000 km il y a encore quelques années. Plus fiables et mieux entretenus, ces véhicules trouvent aujourd’hui facilement preneurs.

Les VO issus de la location longue durée affichent en moyenne 42 mois et 120 000 km. Grâce à une diversification des achats par les entreprises, les prix sont orientés à la hausse. Quant au marché des VO de plus de 5 ans, principalement mobilisé par les échanges entre particuliers, Renault envisage de l’investir dans les années à venir.

Après des années de baisse, les ventes de véhicules neufs ont commencé à se redresser en 2014, un mouvement qui s’est renforcé en 2015, notamment grâce aux achats des professionnels et des entreprises.

Serge Pietri a des difficultés à appréhender l’évolution des prix en général en raison d’un mix assez large de modèles. « Cela étant, dans l’ensemble, nous assistons à une progression globale », observe-t-il. Plus spécifiquement, le marché du VO laisse apparaître une très forte demande pour les modèles essence.

Un déficit de l’offre de VO sur l’essence

« Chaque année, je vends environ 80 000 voitures issus de la location courte et longue durée. Or ce parc se compose à 90 % de diesels. Je ne dispose pas de suffisamment de modèles essence pour satisfaire une demande toujours plus forte », poursuit Serge Pietri. Pour pallier ce manque, Renault a décidé de réserver 34 % de ses ventes aux loueurs de courte durée à des modèles carburant à l’essence en 2016. En 2014, ce pourcentage n’atteignait que 27 %.

Globalement, Renault estime que les ventes de VO, marché plus dynamique lors des périodes de crise, se portent bien avec une appétence de la part des acheteurs. Les prix ont grimpé en moyenne de 400 euros par modèle par rapport à 2014, année au cours de laquelle les valeurs étaient déjà orientées à la hausse. Internet a pris une place grandissante dans les habitudes d’achat : 98 % des clients s’informent sur internet et 15 à 20 % d’entre eux achètent en direct sur la toile.

Après avoir vendu 172 000 VO en 2013, 202 000 en 2015, Renault et son réseau espèrent en écouler 220 000 en 2016. La vente de VUL d’occasion constituera aussi un axe de développement important. « Les volumes sont prometteurs et notre réseau a des progrès à faire dans ce domaine », explique Serge Pietri.

Le marché des VP ne doit de fait pas occulter celui des VUL. Par la voix de Thibaut Carpentier, directeur de son activité VO, ALD Automotive France rappelle que les utilitaires ont représenté 788 000 ventes de VO en 2015 contre 773 000 unités en 2014. Par rapport à 2014, les prix des VUL d’occasion revendus par ALD ont gagné 3,2 % en 2015, pour un montant moyen de 8 200 euros.

Les marques blanches s’imposent

Le loueur longue durée réalise 62 % de ses ventes de VO par l’intermédiaire d’internet, 20 % via les enchères, 13 % à des particuliers et 5 % auprès de garages. « Ce dernier canal est en plein développement, note Thibaut Carpentier. En fin de contrat, nos véhicules sont restitués dans les garages qui sont de plus en plus intéressés par leur revente. » Quant à l’export, principalement à destination des pays de l’Est, il pèse 22 % des ventes.

Après avoir enregistré 55 000 ventes de VO en 2015, ALD table sur des volumes sensiblement supérieurs en 2016. Seule évolution notable, les véhicules issus des partenariats en marque blanche avec les constructeurs devraient prendre davantage de poids dans ces volumes ; ils ont rassemblé un peu moins de 10 000 unités en 2015.

La typologie des VO a peu évolué en une année : de 44 mois et 106 000 km, l’offre 2015 s’est stabilisée à 45 mois et 107 000 km. En revanche, les véhicules issus des marques blanches, destinés à des TPE et PME, sont plus proches des 36 à 37 mois et des 80 à 90 000 km.

Quant aux VO revendus par ALD France pour le compte des entreprises dont elle gère les flottes sans les financer, leur profil moyen s’établit autour de 70 mois et 77 000 km. À noter : les VUL sont conservés plus longtemps, à 60 mois au minimum.

ALD optimiste pour l’année 2016

« Sur un marché du VO aux volumes importants, nous n’intervenons que sur le segment des 3 à 4 ans, souligne Thibaut Carpentier. Avec 740 000 immatriculations, ce marché plus restreint se montre très sain. Avec des véhicules à l’historique transparent et au pedigree irréprochable, souvent des premières mains, nous inspirons confiance et réalisons de bonnes performances avec des prix qui continuent de progresser. »

À 98 %, ALD revend des VO carburant au diesel. Les rares véhicules essence d’occasion se revendent très bien mais n’entraînent pas les prix du diesel à la baisse. « L’essence est très pertinent sur les petits modèles, reprend Thibaut Carpentier. Sur les grosses berlines allemandes, il se vend aussi mal qu’auparavant. »

Pour 2016, avec la fébrilité des marchés financiers, ALD se montre prudent, mais n’identifie pas de signe avant-coureur d’une crise et observe un besoin de renouvellement du parc. « Les véhicules de 3-4 ans que nous proposons ont un bel avenir devant eux », considère Thibaut Carpentier. ALD en revendra 57 à 58 000 unités en 2016, soit un volume en hausse de 5 %. Le loueur mise aussi sur les marques blanches et la diversification des modèles loués à ses clients.

« Avec un marché du VO à + 2,1 %, il est difficile de parler d’explosion. Je parlerais davantage de stabilité. » Au vu des résultats, Dominique Allain, directeur général d’Autovista France, tempère l’enthousiasme de certains acteurs. Tout en mettant en relief une croissance plus ferme sur le segment des moins de 1 an (+ 5 %).

Les professionnels en embuscade

« Ce résultat est en ligne avec l’augmentation des ventes tactiques des constructeurs, pointe Dominique Allain. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour le marché. » Autre tendance, Autovista remarque une progression sur les volumes des VO de plus de 10 ans quand ceux des 2 à 5 ans régressent.

Le vieillissement de l’âge moyen à près de 9 ans s’explique par des kilométrages moins élevés, une meilleure fiabilité et des coûts de maintenance réduits. Pour toutes ces raisons, la durée de détention s’allonge. Parallèlement, le marché se segmente de plus en plus, les acheteurs de véhicules neufs d’un côté, ceux des VO récents de l’autre, etc. Les acheteurs ne changent pas leurs habitudes et restent dans leurs gammes de prix.

D’après Autovista, les professionnels s’adjugent 32 % du marché global du VO, les particuliers en mobilisent plus des deux tiers. Mais les concessionnaires multiplient les offres de reprise et les professionnels voient leur part se renforcer.

« La faible part des professionnels dans les ventes françaises de VO constitue une exception en Europe, observe Dominique Allain. Pendant des années, les concessionnaires français ne se sont pas souciés du marché du VO, mais la situation a changé. Auparavant, ils pratiquaient des marges déconnectées de la réalité du marché. Ils sont revenus à plus de justesse et le VO est devenu important dans leur modèle économique. »

« Trois phénomènes ont marqué 2015, avance Dominique Allain. La part des LOA sur le marché du neuf s’est fortement accrue à + 50 %. Ensuite, les ventes flottes ont augmenté de 10 %. Ces véhicules en détention pendant trois à cinq ans vont arriver sur le marché du VO. Enfin, les ventes tactiques gagnent du terrain et peuvent inquiéter en raison de leur impact négatif sur les valeurs résiduelles. »

Les SUV, grands gagnants du marché du VO

En étudiant les ventes de VO en fonction des segments et des types de carrosserie, des traits saillants se dégagent. Ainsi, les SUV se vendent bien et obtiennent de bonnes valeurs résiduelles, confirmant le phénomène de mode constaté sur les immatriculations de véhicules neufs. Cette tendance est encore plus marquée pour les SUV des segments inférieurs.

Les monospaces des segments intermédiaires affichent une relative stabilité sans dégradation de leur niveau de prix. En revanche, les gros monospaces et la catégorie des compacts souffrent et perdent de la valeur. Les segments A et B montrent une certaine stabilité quand le M1 et le M2 attisent les convoitises et tirent les prix à la hausse et ce, d’autant plus qu’ils partent de très bas.

Pour 2016, Dominique Allain table sur un marché à + 2 ou + 3 %. « À moins d’un phénomène grave comme une crise financière aiguë, la situation devrait rester stable », estime-t-il. Dans le détail, Dominique Allain prévoit un marché des 0 à 2 ans en augmentation avec la montée en puissance des ventes tactiques. Les retours de LOA devraient stimuler le segment des 2 à 5 ans. « L’an dernier, ce mode de financement a connu une croissance importante, rappelle le représentant d’Autovista France. Ce phénomène devrait produire ses effets dans les deux à trois ans. »

À écouter les professionnels, le marché du VO devrait poursuivre sur la voie d’une progression contenue en 2016. La stabilité est de mise. À part des ajustements à la marge, le marché du VO ressemble à un long fleuve tranquille.

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