Voitures électriques et hybrides en vedette au salon de Genève 2010

Seuls jusqu’ici à envisager la vente de modèles électriques, les constructeurs français semaient le doute dans les esprits. Mais désormais, les marques allemandes, à commencer par le groupe VW, relèvent à leur tour le défi de la voiture électrique, tout en mettant le cap sur l’hybride.

- Magazine N°157
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Salon de Genève 2010 : Voitures électriques et hybrides en vedette

Les salons se suivent et… ne se ressemblent pas ! Il y a un an à Genève et même encore six mois à Francfort, les constructeurs allemands renvoyaient Renault, Peugeot et Citroën à leur rêve d’un futur marché où la voiture électrique représenterait 10 % des ventes. D’un revers de la main, les patrons des marques du groupe Volkswagen balayaient les prévisions les plus pessimistes sur ce futur proche et consentaient tout juste à promouvoir quelques versions hybrides de leurs propres modèles. En un an, le changement de position est spectaculaire. Un véritable revirement, pas tant dû à de nouvelles annonces des Français sur le véhicule électrique –Renault avait déjà dévoilé ses «batteries» de conceptcars ZE et PSA sa iOn ou C-Zero– mais à une prise de conscience que la demande de la clientèle serait peut-être au rendez-vous plus rapidement qu’ils ne l’escomptaient.

Entre les gestionnaires de flottes, loueurs en LLD, administrations et sociétés peaufinant leur image verte et la pression des consommateurs pour un futur automobile plus « écocitoyen », sans oublier les « early adopters » de part et d’autre de l’Atlantique et les contraintes environnementales édictées par les Etats, il était temps pour l’industrie automobile allemande de répondre au défi français lancé il y a un an.

La cascade de nouveautés annoncées lors de ce 80e Salon de l’Auto de Genève faisait donc la part belle aux modèles électriques et hybrides dont l’échéance de commercialisation se rapproche à grand pas. Car les prévisions de marché, vues du côté allemand, se sont singulièrement rapprochées des chiffres hexagonaux. Si l’on ne peut toujours pas repartir au volant d’une voiture électrique cette année, il est certain que le prochain salon genevois en mars 2011, a fortiori celui de Francfort à l’automne de cette même année, seront ceux de la fée électricité.

Volkswagen revient à la charge

C’est en effet à Genève que Martin Winterkorn, le patron du groupe Volkswagen, a annoncé sa nouvelle stratégie produits pour les véhicules électriques et hybrides. L’ambition du groupe allemand est simple : devenir le leader d’ici 2018. Pour y parvenir, les nouveautés vont se succéder sans répit avec pour commencer, une Golf électrique confiée à 500 exemplaires à des flottes pour des tests dès l’année prochaine en Europe et aux Etats- Unis et dont la commercialisation est prévue pour 2013 avec une autonomie de 150 km et zéro émission.

Cette même année, la petite E-Up, déjà dévoilée l’année dernière, sera elle-aussi en vente. D’ici la fin de la décennie, toute la gamme sera électrisée, depuis la Polo jusqu’au Touareg ! Peu avare de confidences, M. Winterkorn précisait aussi que « nous allons sortir la technologie hybride de sa niche pour en faire une production de masse ». Pour y parvenir, le Touareg de deuxième génération, dévoilé à Genève, était aussi présenté dans sa version hybride essence électrique avec une commercialisation dès juin 2010. Suivront une Jetta hybride en août 2012, une Passat hybride en août 2013 et une Golf hybride en octobre de la même année. Cette dernière sera lancée en test dès cet automne à une vingtaine d’exemplaires sous sa robe actuelle, baptisée TwinDrive avec un moteur essence TSI et un moteur électrique alimenté par des batteries rechargeables.

Audi décline l’e-Tron

Le groupe Volkswagen est aussi à l’offensive avec sa marque Audi qui dévoilait en même temps que ses nouvelles A1 et A8, leurs déclinaisons e-Tron électrique pour la première et hybride pour la seconde. Le nom générique e-Tron concernera donc chaque version électrique de la gamme Audi, les deux concept-cars déjà dévoilés à Detroit en début d’année (roadster 2 places) et à Francfort l’année dernière (sportive coupé) préfigurant la montée en gamme. La nouveauté à retenir concernant la A1 e-Tron concerne son mode de recharge des batteries : sur secteur en « plug in » ou par un petit moteur monorotor Wankel de 254 cm3 faisant office de générateur, à l’instar du « range extender » (prolongateur d’autonomie) défendu avec force par Opel sur son Ampera.

Pour sa petite urbaine 100 % électrique, Audi annonce une autonomie de 50 km sur batteries pleines, puis la recharge avec le générateur pour une autonomie supplémentaire de 200 km –moyennant des émissions de CO2 de 45 g/km. Quant au moteur électrique, il s’agit d’un nouveau groupe délivrant 75 kW en pointe (102 ch et 240 Nm) et 45 kW en continu (61 ch et 150 Nm) assurant un 0 à 100 km/h en 10,2 s et une vitesse maximale de 130 km/h. Poids total de cette mignonne A1 e-Tron : 1 190 kg, c’est très raisonnable. La commercialisation est prévue pour 2012, tout comme la e-Tron et la e-Tron 2.

Autre palette « basse consommation », la version hybride de la nouvelle A8 est aussi programmée pour 2011. Elle sera devancée par le Q5 hybride, prévu cette année, qui bénéficiera du V6 TSI de 333 ch commun au nouPorsche Cayenne hybride attendu en 2011, mais aussi au Touareg hybride qui arrive, lui, dans quelques semaines. Sur la grande berline A8, il s’agira en revanche du «petit» quatre cylindres 2.0 TFSI de 211 ch, toujours couplé au moteur électrique de 33 kW (45 ch), soit un total de 245 ch et 480 Nm pour 144 g/km de CO2 (6,2 l/100 km).

Seat est aussi dans le jus !

Le groupe Volkswagen compte bien élargir son catalogue électrique et c’est Seat qui en sera le premier bénéficiaire puisque la marque ibérique dévoilait aussi de son côté son conceptcar IBe, une citadine électrique de 3,78 m de longueur, reprenant le groupe de… l’Audi A1 e-Tron ! On attend donc que Skoda fasse de même pour mieux mesurer l’offensive tous azimuts du groupe Volkswagen.

Multipropulsion chez Mercedes

Chez Mercedes, la stratégie du tout électrique est différente avec une philosophie qui s’appuie plus sur une « plate-forme modulaire compatible avec une propulsion électrique à pile à combustible ou une propulsion hybride rechargeable », comme le précisait Thomas Weber, le patron de la R&D de Mercedes- Benz. Le tout, se déclinant à partir du concept-car F800 Style dévoilé sur son stand. En version hybride, cette future Classe C de 4,75 m de longueur est emmenée par le V6 essence injection directe de 272 ch couplé à un moteur électrique de 80 kW (109 ch) alimenté par des batteries lithium-ion rechargeables. Autonomie en mode ZEV : 30 km et des émissions de 68 g de CO2 (2,9 l/100 km) pour des performances de grande routière (0 à 100 km/h en 4,8 s, 250 km/h de vitesse maxi, 120 km/h en mode électrique).

En version pile à combustible, cette F800 Style est propulsée par un moteur électrique de 100 kW (136 ch et 290 Nm). Pas de date de commercialisation pour ces deux déclinaisons mais il faut se souvenir que Mercedes n’est pas novice dans le domaine : son parc roulant comprend déjà 200 Classe B F-Cell pile à combustible, une centaine de Vito électriques complétés par 2 000 exemplaires en 2011 (90 kW, 130 km d’autonomie 900 kg de charge utile) tandis que la Smart électrique sera commercialisée l’an prochain. La «vraie» surprise de Genève était ailleurs, avec la présentation de la récente Classe E 300 BlueTec Hybrid, une première pour les constructeurs allemands. En effet, il s’agit de l’hybridation du 2.2 turbodiesel de 204 ch, couplé à un moteur électrique de 15 kW (20 ch) qui autorisent une consommation de 4,1 l/ 100 km, soit 109 g/km de CO2. Commercialisation prévue pour la fin 2011.

BMW s’active dans l’hybride

Après avoir commercialisé l’ActiveHybrid X6 et l’ActiveHybrid 7 en ce printemps, BMW proposera dans ses showrooms en 2011 l’ActiveHybrid 5 dévoilée à Genève. A la différence des deux premières, cette nouvelle Série 5 aura droit à un moteur électrique plus puissant (40 kW/54 ch contre 20 ch sur le 6 cylindres en ligne de 306 ch au lieu du V8) ainsi qu’un mode ZEV qui fait défaut aux deux premières. La baisse de la consommation annoncée atteint 10 %. En revanche, BMW reste curieusement absent du tout électrique…

Ford et Opel dans la danse

Une offensive majeure donc des trois grands allemands auxquels il faut ajouter Ford et Opel qui ne ménagent pas leurs efforts pour proposer eux-aussi des solutions électriques et hybrides. Si Opel avait déjà dévoilé son Ampera l’année dernière pour une commercialisation en 2011, sa déclinaison coupé Flextreme GT-C ne décelait rien de nouveau en matière de technologie. Toutes les forces de la marque au Blitz étaient donc mobilisées sur le lancement du Meriva.

Du côté de Ford en revanche, les modèles à propulsion électrique se multiplient à la vitesse de l’éclair… Ainsi, outre la Focus électrique BEV dévoilée à Francfort en octobre dernier et dont une quinzaine d’exemplaires sont déjà aux mains d’utilisateurs professionnels (ainsi que le Transit transformé par Smith Edison en Angleterre), Ford présentait sa remplaçante, la Focus 3, dont la commercialisation est prévue dans un an et qui bénéficiera de l’expérience de la petite flotte actuelle. Cette Focus BEV sera emmenée par un moteur de 100 kW (136 ch et 320 Nm) alimenté par des batteries lithium-ion d’une capacité de 23 kW/h pour une autonomie annoncée de 120 km. Sa commercialisation débutera en 2011 aux Etats-Unis. Enfin, Ford annonçait le lancement en 2013 de 3 modèles hybrides : Focus, C-Max et Mondeo.

Toyota-Lexus et Heuliez… sans accélérateur

Si le japonais devait faire face à la crise des rappels massifs de ses véhicules, il ne dérogeait pas à sa philosophie du tout hybride en annonçant que sa gamme serait entièrement HSD (Hybrid Synergie Drive) d’ici… le début 2020. Pour l’heure, Toyota dévoilait à Genève la version hybride de son Auris (moins de 99 g de CO2/km) qui reprend le bloc moteur et électrique de la Prius pour une commercialisation en 2011. Autre déclinaison hybride de la Prius, la Lexus CT 200h faisait sa première apparition pour une commercialisation début 2011.

Toute l’avance technologique de Toyota en hybride repose donc désormais sur la Prius rechargeable dont l’autonomie est portée à 20 kilomètres en mode tout électrique pour des émissions normalisées mixtes de 59 g CO2/km .

Citons enfin parmi les révélations du salon automobile de Genève, la petite Heuliez Mia électrique qui affiche une autonomie de 100 à 230 kilomètres en fonction du pack de batteries retenu (jusqu’à 3 modules), une vitesse maxi de 110 km/h pour un prix annoncé de 12 930 €, bonus écologique déduit (20 % du prix TTC et non 5 000 €) et un pack de batteries inclus (6 kW/4 500 €).

Précisons tout de même que cette trois places de 2,80 m de longueur est bâtie autour d’un châssis tubulaire et se rapproche donc plus d’une motomobile, à l’instar de la Renault Twizzy électrique. La commercialisation est annoncée mi 2011… si la production peut démarrer en octobre prochain comme planifiée.