Voitures propres : une demande encore timide ?

Les nouvelles dispositions réglementaires et fiscales encadrant l’utilisation d’un parc automobile ou d’un véhicule à usage professionnel ont-elles modifié la demande des entreprises ? Pour l’heure, les constructeurs préparent leurs réponses à ces évolutions en attendant que la demande des entreprises se précise.

- Magazine N°116
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Une véritable demande de véhicules «propres» s’est-elle faite sentir dans les entreprises ? Sur ce point, les constructeurs interrogés n’ont vraiment pas tous la même perception de l’expression des besoins des entreprises. Ainsi, Renault note d’ores et déjà une modification dans le comportement des entreprises vis-à-vis de l’environnement. Chez Citroën, on précise que cette demande s’est faite sentir plus particulièrement auprès des Administrations et Entreprises publiques. Quant à GM, il estime que cette demande est encore marginale, sauf auprès de quelques grands comptes institutionnels. A l’inverse, Ford indique avoir « senti un intérêt croissant sur le sujet, sous les effets conjugués de la montée du prix du baril de pétrole, de la discussion du projet de loi relatif à la TVS, et de la mise sur le marché de nouvelles technologies propres. L’offre de Ford étant pour l’instant axée sur le bioéthanol, la marque explique donc que « nous sommes prêts, avec des véhicules en stock et n’attendons que le feu vert de Bercy pour commercialiser une solution simple, accessible et réellement efficace pour combattre les émissions de CO2 (principal gaz à effet de serre) ».

Aussi, comme l’indique le groupe VW, « la demande des entreprises est principalement liée à la mise en place de la nouvelle loi fiscale. Mais en matière d’environnement, il n’y a pas uniquement la notion de taux de CO2, mais également la chaîne globale de recyclabilité des véhicules », estime la marque allemande.

La TVS fait d’abord bouger les constructeurs

En attendant, c’est bien l’évolution de la fiscalité et principalement celle de la TVS qui fait «bouger» les constructeurs. Ainsi, chez Renault, on indique que l’impact de la nouvelle TVS devrait se traduire par une évolution sensible du mix motorisation en faveur des véhicules les moins polluants et une légère descente du mix modèle ». Soit, vraisemblablement, une légère descente en gamme de la car policy des entreprises. Renault a donc pris les devants et commercialise de nouveaux moteurs réduisant le taux d’émission de CO2. Il en va ainsi du moteur 1,5dCi doté d’un niveau d’émissions CO2 de moins 123g/km ou du nouveau moteur 2. 0 dCi qui équipe la Mégane 2 avec un taux d’émissions CO2 de 144g/km.

Selon Citroën, « la nouvelle fiscalité va inciter les chefs d’entreprises à proposer à leurs collaborateurs des voitures de moindre puissance et donc souvent de segment inférieur, de fait des véhicules à plus faible émission de CO2. Les chefs d’entreprises devront accompagner ces mesures par des compensations telle que la dotation d’équipements complémentaires ».

Ainsi, la gamme Leader Citroën, réservée aux sociétés, bénéficie selon les modèles d’équipements complémentaires de série tels que la climatisation, la peinture métallisée, le Navidrive ou le régulateur de vitesse. Et en terme de modèles propres, Citroën propose aux entreprises sa gamme GNV (C3 VP et VU, Berlingo, Jumper). 250 C3 GNV ont déjà été commercialisées depuis son lancement et Citroën s’apprête à lancer également la C2 Stop & Start qui complètera la C3, fait remarquer ce constructeur.

Les constructeurs dans l’attente d’adaptations moteur

Pour le groupe VW, l’impact de la TVS est fort mais cette nouvelle fiscalité propose aussi des opportunités. « Nos clients vont probablement porter une attention particulière à la constitution de leur car policy », estime ce constructeur. Toutefois, relativise-t-on chez VW, « il y a dans les entreprises pour la constitution des car policy, d’autres critères que l’approche fiscale. Nos clients vont probablement tacher d’optimiser leur car policy par segments en intégrant les produits qui présentent le meilleur rapport émission de CO2, niveau de VR et satisfaction des collaborateurs ».

Pour l’heure, indique ce constructeur qui se veut bien placé avec la Golf, Passat, A3, Octavia et Léon, « nos usines sont informées de cette évolution et nous travaillons déjà à l’optimisation des solutions, notamment sur les boites de vitesses du type DSG. Ce type de boite présente un agrément de conduite fort mais il est également très intéressant pour la sécurité des collaborateurs ».

Même réaction chez GM où l’on signale que les ingénieurs sont également sensibilisés pour orienter leurs recherches sur les solutions les plus adéquates. Toutefois, estime le groupe américain, « une réglementation européenne serait souhaitable pour uniformiser les recherches dans ce sens ». En attendant, GM estime que, de toute évidence, « les entreprises vont procéder à la révision complète de leur « car policy » avec une recherche en priorité du moindre coût financier. Il y aura très certainement un recentrage sur les produits à fiscalité avantageuse, ce qui n’exclut pas une évolution vers des modèles à puissance supérieure compte tenu de la disparition du seuil des 7 ch fiscaux. Par exemple une Vectra 1. 9 CDTI / 150 ch a une TVS sensiblement équivalente à une version 1. 9 CDTI /120 ch tout en ayant une puissance fiscale de 8 ch pénalisante auparavant.

Ford : une Focus BioFlex à moins de 60 g/km de CO2

Pour Ford, il est encore trop tôt pour mesurer les impacts réels de la nouvelle TVS. Mais ce constructeur s’estime prêt à faire face à toute évolution des besoins notamment « avec sur Focus et C-MAX, les moteurs 1. 6 TDCi 90 et 110 ch qui restent sous la barre des 140g/km. Nous avons lancé en janvier les Focus et C-MAX BioFlex. Motorisés par un moteur 1,8 litre de 122 chevaux, ces véhicules peuvent rouler indifféremment avec tout mélange de SP95 et de E85. En roulant à l’E85, les émissions de CO2 à effet de serre sont réduites de 70 % et procurent ainsi le meilleur taux d’émission possible toutes catégories confondues, hors moteurs à hydrogène ou pile à combustible. Nous attendons donc le feu vert de Bercy sur le bioéthanol pour commercialiser la Focus BioFlex qui rejette moins de 60 g/km de CO2 à effet de serre (en cycle fermé).

De son côté, Mazda estime également que « les entreprises confrontées à la nouvelle fiscalité vont très certainement revoir leur car policy et orienter leur choix vers les véhicules les moins polluants. La recherche d’alternatives sera encore plus marquée », note la marque japonaise qui précise que le critère « rejet de CO2 des véhicules étant déterminant, en tout état de cause, les véhicules dont les rejets de CO2 sont supérieurs à 200g /km seront fortement pénalisés, risquant de disparaître totalement de certaines politiques flottes ».

Pour répondre à cette évolution, Mazda indique qu’elle dispose d’une gamme qui émet majoritairement des rejets de CO2 inférieurs à 200g/km et notamment les Mazda2 et Mazda3 diesel qui bénéficient d’une baisse significative de la TVS grâce à des rejets inférieurs à 140 g/km.

Des évolutions qui prendront du temps

Enfin, chez Volvo, Nathalie Davenne, responsable des ventes sociétés de la marque, estime que les entreprises vont continuer à prendre en compte le coût de détention des véhicules collaborateurs en intégrant la nouvelle taxe basée sur le CO2. Mais elles vont aussi orienter leur car policy vers les véhicules moins polluants. Il faut cependant prendre en compte la période d’adaptation qui sera plus ou moins longue en fonction de la taille des entreprises (les petits parcs vont réagir plus lentement), il s’agit aussi d’estimer la variable humaine (et annoncer au collaborateur la modification de son avantage en nature).

Pour les véhicules dits «statutaires », il est moins évident que la loi change fondamentalement les comportements (politique du « user chooser », critère moins rationnel pour le choix !).

Par ailleurs, à l’égard de la TVS applicable aux véhicules gérés en IK au dessus de 5 000 km, la responsable des ventes sociétés de Volvo explique « que lorsque l’on voit ce qui s’est passé sur le marché anglais (un an après la mise en place de la nouvelle loi, seules 20 % des PME avaient intégré dans leur car policy les nouvelles contraintes et 14 % n’avaient pas encore mesuré l’impact), nous allons donc déjà diffuser l’information auprès des petites entreprises. Par le biais d’un mailing qui sera envoyé par nos concessionnaires en local auprès de leurs contacts. Ensuite nous continuerons notre rôle de conseil en évaluant par parc, les risques et les opportunités. »