VP ou VU : une gestion de parc automobile souvent différente

La gestion d’un parc de véhicules utilitaires est souvent très différente de celle d’une flotte de voitures particulières. Surtout, d’un parc à l’autre, des services distincts peuvent être ou pas demandés aux loueurs.

- Magazine N°149
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De plus en plus de véhicules utilitaires sont loués en location longue durée (LLD). Mais les méthodes de gestion diffèrent entre VP et VU en location et les cas de figure spécifiques sont nombreux. Ainsi, l’exception qui confirme la règle nous vient de la société Selecta (restauration d’appoint en distributeurs automatiques) qui loue ses voitures mais achète ses utilitaires. Un choix que cette entreprise, qui compte 1 500 véhicules en parc, explique par la durée d’usage assez longue de ces utilitaires (cinq ans en moyenne).

Autre motif qui dissuade Selecta de louer ses VU : ses Renault Kangoo et Peugeot Partner bénéficient d’un aménagement spécifique à son activité. « Nous louons, en revanche, les véhicules de tourisme. Nous travaillons avec des contrats de 2 ans. Ces courts laps de temps permettent au loueur de mieux revendre les véhicules qui ont un kilométrage modéré, ce qui impacte positivement nos loyers », explique Thierry Cadiot, responsable des services généraux France de Selecta.

Le temps c’est de l’argent

Chez Bull par contre, l’ensemble du parc est en LLD. « La location facilite la gestion, nous évite les contraintes de la revente tout en nous permettant de nous consacrer exclusivement à notre cœur de métier », explique Yasmina Sevestre, responsable de la gestion du parc automobile Bull qui compte près de 700 véhicules. Même état d’esprit chez Berner (fourniture d’outillage et consommables pour le bâtiment, l’automobile et l’industrie) qui loue également l’ensemble de sa flotte, VU et VP : « opter pour la LLD permet d’éviter une dispersion des coûts et des charges administratives. En achetant les véhicules, nous aurions à gérer une multitude de factures. Au lieu de cela, nous recevons une facture par mois, par voiture. Quant aux collaborateurs, ils ont un numéro unique à appeler chez le loueur pour gérer aussi bien l’entretien que les sinistres éventuels, ce qui allège considérablement notre charge de travail », indique Sylvain Da Silva, l’un des trois gestionnaires du parc de Berner.

Si la tendance est à louer l’ensemble de la flotte, des différences existent dans la manière de gérer le couple « durée du contrat et kilométrage » entre les deux parties du parc. Chez Berner, les contrats de location longue durée diffèrent en fonction des deux types de flottes : ils sont, en moyenne, de 24 mois pour les VP dans la limite de 120 000 km et de 48 mois pour les VU qui roulent moins.

Otis a -crise oblige- revu à la hausse la durée de la location de ses 3 300 véhicules (dont 98 véhicules de fonction). L’entreprise louait jusqu’ici ses utilitaires sur la base d’un couple moyen de 36 mois et 90 000 km et ses voitures particulières sur 3 ans pour 60 000 kilomètres. A l’inverse de ce qui se passe chez Berner, les VU roulent davantage que les VP.

Ses prochains véhicules seront loués sur une durée de 48 mois à raison d’une moyenne de 90 000 km pour les VP et de 120 000 km pour les VU. « Le marché de l’occasion ne se portant pas bien, les loueurs proposent volontiers des prolongations de contrats. Nous avons décidé d’en profiter pour nos véhicules sous contrat dont les lois de roulage sont estimées en dessous de 100 000 km. Nous bénéficions ainsi de baisses de loyers de l’ordre de 10 à 20 % selon l’ancienneté du contrat », explique Thierry Plat, responsable des achats opérationnels d’Otis.

Mettre les loueurs en concurrence

Il est courant pour les entreprises de s’adresser à plusieurs loueurs. Berner travaille avec trois d’entre eux pour les mettre en concurrence, mais aussi pour s’assurer de la disponibilité rapide et simultanée d’un nombre de véhicules utilitaires important, eu égard à la taille conséquente du parc de l’entreprise. « Chaque mois de 15 à 30 voitures de notre flotte de 1 080 véhicules dont 750 VU, arrivent en fin de contrat. De plus, un loueur peut s’avérer mieux placé en prix pour les VU parce qu’il a une bonne filière pour la revente, par exemple, tandis qu’un autre peut nous offrir des loyers mensuels plus intéressants pour les VP. Nous avons pu observer des différences de l’ordre de cinq euros de loyer par mois d’un loueur à l’autre. Cela n’a l’air de rien, mais cette somme multipliée par le nombre de voitures et de mois de location, est loin d’être anodine », indique Sylvain Da Silva.

Services : chacun sa formule

Mais les entreprises qui externalisent la gestion de leur flotte automobile ont aussi recours à des degrés divers aux services proposés par les loueurs. Certaines sociétés estiment toutefois devoir garder la maîtrise de l’entretien des véhicules. Selecta est dans ce cas. Ainsi, pour se prémunir d’une immobilisation éventuelle de certains de ses utilitaires, l’entreprise s’est constituée un stock de véhicules de réserve. A l’inverse, si cette même immobilisation touche un VP, elle optera pour une location de courte durée.

Chez OCP (distribution de produits de santé vendus en pharmacie), on également opté pour une formule mixte. La société qui compte 800 VU et 200 VP délègue la prestation d’entretien de ses voitures de tourisme (entretien, assistance, pneumatiques) « parce que cette partie de la flotte est la plus difficile à gérer, les collaborateurs qui l’utilisent étant des itinérants. En revanche, les véhicules utilitaires rentrent eux, chaque jour, à l’établissement. Il est donc plus facile d’assurer leur maintenance sur place », explique Christine Seize, responsable des services et achats généraux de la société.

Services à la carte

VU et VP jouissent donc, selon les cas, d’un traitement différent. Il en va ainsi dans le domaine de l’assurance lorsque le loueur joue le rôle de courtier. Chez Otis par exemple, les véhicules de fonction sont sous contrat d’assurance tous risques auprès de leur loueur. « Il est intéressant d’ajouter cette prestation à nos loyers car, comme nous avons peu de voitures de tourisme et que leur taux de sinistralité est très faible, le coût du courtage impacte peu le montant des mensualités », confie Thierry Plat.

En revanche, Otis assure ses véhicules utilitaires au tiers bien qu’ils soient plus sujets à problèmes que les VP et prend à sa charge les éventuels sinistres ; la taille du parc permettant de mutualiser le risque. « Nous effectuons tous les ans un bilan de notre budget sinistres et il s’avère que, pour l’instant, il est bien plus intéressant financièrement de payer nous-mêmes les dégâts que des primes plus élevées », assure Thierry Plat.

Cette société d’installation d’ascenseurs a, par ailleurs, mis au point une formule surmesure pour ses véhicules utilitaires : le prestataire LLD gère, en cas de sinistre, l’assistance au conducteur, le suivi des travaux de remise en état ainsi que leur facturation à l’assureur, lequel les refacturera ensuite trimestriellement à l’entreprise.

Voiture relais ou pas ?

Même choix chez Berner où l’entretien, l’assistance et l’assurance des utilitaires comme des véhicules de fonction, sont délégués. Qui plus est, Berner dote tous les véhicules du parc, VP et VU, d’un contrat d’entretien complet pris avec les loueurs. Seule exception, les prestations bris de glace et voiture relais sont gérées en interne. « Nous avons fait le calcul et il s’est révélé que, vu la taille de notre parc, il était plus rentable d’être au réel pour ces deux postes. La différence de coût engendrée va du simple au double », confie Sylvain Da Silva, gestionnaire du parc auto de Berner.

Dans ce domaine, Bull a fait un choix un peu différent : si l’entreprise contracte des prestations d’entretien et d’assistance pour ses deux flottes, elle a choisi l’option voiture relais pour faciliter la vie de ses collaborateurs. Otis, par contre, a souscrit l’option voiture relais mais uniquement pour les véhicules utilitaires. « Economiquement, cela n’est pas tout à fait satisfaisant mais nos techniciens ne pouvant pas émettre de notes de frais, il fallait trouver une solution qui leur permette d’être assistés en cas d’immobilisation de leur voiture. »

Otis n’achète pas non plus la prestation carburant chez son loueur mais le charge du suivi de ses factures, pour l’ensemble du parc. « Nous avons confié à notre loueur un mandat de gestion du pétrolier. Ce dernier facture le carburant consommé chaque quinzaine à notre loueur, qui nous refacture en fin de mois. Nous pouvons ainsi facilement reconstituer une gestion mensuelle de ce poste et optimiser les coûts administratifs relatifs au traitement des factures », explique Thierry Plat.

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