Xavier Barthélémy, Eiffage : « Réduire l’empreinte et gérer le TCO de la flotte »

Détentrice de 2 000 camions, la branche infrastructures d’Eiffage gère sa flotte sur la base du TCO. Sa transition énergétique pourrait passer par le B100 au colza si celui-ci devient Crit’Air1.
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Xavier Barthélémy Eiffage
Le groupe Eiffage possède une flotte en propre de 2 000 camions dont 1 800 pour le pôle route. Copyright : A_H.Piraud

Xavier Barthélémy est directeur matériel et industries de la branche infrastructures du groupe Eiffage, qui regroupe les activités génie civil et route.

Que représente le chiffre d’affaires transport de la branche infrastructures d’Eiffage ?

Le transport pèse plus de 30 % des recettes du matériel, réparti entre 60 % de transport sous-traité et 40 % effectué en interne. La location externe de camions reste nécessaire compte tenu des pics d’activité et de l’hétérogénéité des chantiers d’un à deux jours. Les dispatchers de nos 130 agences ou établissements gèrent cette sous-traitance locale pour assurer le respect des délais. Ils choisissent les prestataires et les matériels selon les accords-cadres conclus avec nos fournisseurs. Les camions avec conducteurs sont loués au jour ou à la semaine, et les prestataires rémunérés à la journée ou à la tonne-kilomètre (voir aussi notre précédente brève sur Eiffage).

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Eiffage recourt à des prestataires locaux contractualisés pour des chantiers courts ou spécifiques.

Comment fonctionne votre flotte en propre ?

Cette flotte compte 200 camions destinés à des missions de service pour le pôle génie civil (démolition, terrassement et rail) et 1 800 camions pour le pôle route (voiries). Ce sont majoritairement des porteurs 6×4 et 8×4 Euro 5 et Euro 6, carrossés en bennes. Certains s’équipent de grues pour transporter des matériaux de démolition ou de construction. Les véhicules sont acquis en crédit-bail sur cinq ans, puis rachetés. Comme ils parcourent de faibles kilométrages quotidiens, nous les conservons plus de dix ans ou 600 000 km avant de les revendre aux enchères sur notre plate-forme de revente privée gérée par Agora Store.

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Les conducteurs Eiffage sont engagés localement par les agences. Ils sont formés au travail en sécurité sur chantier.

Quelles marques ont votre préférence ?

La flotte se compose à 80 % de Volvo Trucks et de Renault Trucks. Leurs gammes de véhicules de chantier correspondent à nos activités et à nos besoins. Nous avons aussi des Mercedes et des MAN. L’entretien est assuré par les constructeurs et nous possédons des ateliers internes chargés des dépannages urgents. Nous avons un atelier par site ou par groupe d’agences selon la taille du parc. La masse de nos achats nous permet de travailler en direct avec les carrossiers. Outre Palfinger pour les grues, nous avons sélectionné cinq à six carrossiers pour les remorques et les bennes pour leur respect du cahier des charges et des délais de fabrication, leur disponibilité et la qualité du matériel.

Quels sont vos critères pour renouveler les véhicules ?

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Nous investissons dans 100 à 150 nouveaux VI par an pour renouveler la flotte, diminuer nos émissions et livrer chaque opération en propre à l’heure et au jour dits. Nous voulons aussi accéder aux ZFE et investissons pour que toute notre flotte concernée soit Crit’Air1 en 2024. Mis à part le Volvo FE électrique acquis en juillet 2020, nous avons des camions hybrides ou au gaz. Mais le B100 nous paraît le carburant le plus intéressant avant l’hydrogène. Ce biocarburant est en effet compatible avec nos Euro 5 et à peu de frais avec nos Euro 6. Dès qu’il sera reconnu Crit’Air1, nous basculerons la majorité de la flotte sur ce carburant. Nous avons déjà équipé nos agences de Bordeaux, Vitrolles et Lyon de dix à quinze véhicules, et de cuves Oleo 100 pour les alimenter. Nous installerons bientôt des cuves en Île-de-France et dans le Grand-Est. Notre objectif est de tendre vers le zéro émission.

Eiffage a contribué au développement du Volvo FE électrique de chantier qu’il a acquis en juillet 2020. En 2023, le groupe testera le porteur Volvo électrique 8×4 prévu pour 2022. Crédit : AlexandreNicolas

Qui gère le coût total de détention de vos véhicules ?

Nos responsables matériel achètent les véhicules et gèrent le TCO. Ils s’engagent ainsi sur le coût, la typologie et le taux d’utilisation, ainsi que sur la durée de vie du matériel en fonction des interventions de nos propres ateliers. Le bilan financier prend en compte l’efficience du véhicule, les dépenses et les résultats attendus par rapport à nos objectifs. Enfin, le service matériel s’engage sur le prix de revente du matériel en fin de vie.

Quels outils utilisez-vous ?

Notre gestion des coûts du matériel s’appuie sur un ERP que nous avons mis à jour pour gérer à la fois les conducteurs, la flotte et les immatriculations. Nous pratiquons au quotidien la transmission des données. Celle-ci fournira à terme aux conducteurs des consignes d’éco-conduite pour réduire les consommations. Les chefs d’exploitation recevront des informations pour combiner les déplacements des camions et des engins avec des rapatriements de matériel ou de déchets de chantiers. Cette pratique est issue de notre expérience « usine connectée » qui nous a valu des gains à deux chiffres. Nous voulons l’étendre à tous nos chantiers. Comme nous avons un responsable transport dans chaque entreprise, nous sommes aussi en mesure de faire du transport pour compte d’autrui.

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Eiffage expérimente l’utilisation du gaz naturel comprimé sur des Scania.
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