Yvelines – Une collectivité en phase avec l’écologie

Les Yvelines se déclarent « éco-département ». À la tête du parc automobile, Guy Consumi réfléchit aux énergies de substitution et notamment au déploiement de l’électrique, en participant activement au projet Seine Aval Véhicules Électriques. Pour ce responsable, il est aussi nécessaire d’adopter un éco-comportement en optimisant l’utilisation des véhicules.

- Magazine N°170
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Yvelines - Une collectivité en phase avec l’écologie

« L’électricité comme carburant, c’est certainement une solution d’avenir en termes d’écologie et de santé publique. Mais nous devons aussi réfléchir en termes de faisabilité », précise Guy Consumi, chef du service parc automobile du conseil général des Yvelines. Coût, service après-vente, autonomie des véhicules, bornes de recharge, etc. : « De nombreux critères doivent être pris en compte », estime-t-il. En charge d’un parc d’environ 600 véhicules légers, dont une centaine d’utilitaires de type Kangoo, Berlingo, Master ou Boxer, ce responsable mène une réflexion permanente sur les énergies de substitution. Le parc, qui regroupe désormais les véhicules de la Direction départementale de l’équipement, comprend un grand nombre de modèles de type berline ou plus petits comme des Clio, roulant en majorité au GPL.

Un constat : il n’existe pas de solution idéale

Pour Guy Consumi, « le GPL est une solution transitoire. Ce n’est pas l’option gagnante pour les émissions de CO2, en comparaison des petits véhicules au diesel. Mais nous évitons ainsi les émissions de soufre et de particules. Ces émissions, et celles d’hydrocarbures et de NOX, sont plus dangereuses pour la santé. Il ne faut pas seulement raisonner sur le CO2 ». Le responsable pointe du doigt l’absence de filtres à particules sur les diesels. « Les filtres, qui font partie de notre cahier des charges, sont un impératif pour ces véhicules », ajoute-t-il. « Nous avons lancé des appels d’offres pour renouveler 44 VP et nous attendons des réponses, dont celle de Citroën pour les C3 bicarburations GPL-essence, solution qui existe également pour les Clio et Chevrolet », reprend Guy Consumi. Ce dernier estime que des solutions plus écologiques n’ont pas fait l’objet de développement, comme les hybrides gasoil-électrique ou essence- GPL avec l’option Start and Go. « Ces modèles limiteraient à la fois les émissions de CO2, de particules et de soufre mais ils n’existent pas chez les constructeurs. Nous sommes contraints par leurs choix », explique-t-il.

Quant au tout électrique, l’expérience n’était pas favorable jusqu’ici : « Nous avons eu un Renault Express électrique qui était plus souvent en panne que sur la route. Il y a peu de réparateurs et nous avons une seule personne, sur le site de Boulogne- Billancourt, habilitée à travailler sur ce véhicule ». Mais la donne pourrait changer à l’issue du projet SAVE (Seine Aval Véhicules électriques) auquel participe activement le Conseil Général et quatre communes : Poissy, Les Mureaux, Mantes et Conflans.

 

Diester, flexfuel, hybride, électrique : quelle énergie choisir ?

« Nous entrons dans une nouvelle ère de mobilité. Et les questions sont nombreuses. Quelles vont-être les meilleures énergies en matière d’écologie et de santé publique. Quelles seront les plus probables et les plus faciles à mettre en oeuvre ? », s’interroge Guy Consumi. Il parcourt ainsi le champ des éventualités. Le diester ? « C’est assez nouveau. Les possibilités d’approvisionnement sont faibles. En outre, la culture du colza ou du tournesol se fait au détriment d’autres cultures. En termes de développement durable, cela pose un problème. La question de l’approvisionnement est identique pour le flexfuel, un hybride essence-éthanol ». Même la motorisation électrique peut être critiquée : « L’électricité est produite par des centrales thermiques qui émettent du CO2 ou par des centrales nucléaires. C’est alors un autre débat… » Autres éventualités : le pétrole à base d’algues, « ce qui pourrait entraîner leur prolifération », l’hydrogène « considéré comme dangereux », etc.

Les hybrides essence-électrique, telle la Prius, « sont intéressantes de par l’absence de pollution sonore et de pollution atmosphérique quand le véhicule roule à l’électrique. Mais il faut alors savoir si le conducteur emploie plus le mode électrique ou l’essence, et prendre en compte les émissions indirectes, lors de la construction ou des réparations ». Autres défauts : le coût de revient et le manque de bornes. Pour le parc du département, Guy Consumi a pour l’instant préférer faire l’impasse sur ce type de véhicules.

SAVE : le véhicule électrique mis au banc d’essai

Lancé en avril, ce projet, qui bénéficie d’une aide de l’Ademe, regroupe un grand nombre de partenaires : Renault et Nissan, Schneider Electric, Total, EDF, le conseil général des Yvelines, l’EPAMSA (l’Établissement public d’aménagement du Mantois Seine Aval), etc. Schneider Electric contribue à la réalisation des infrastructures de charge. Total installera des points de charge rapide dans ses stations-service. Les premiers véhicules, des Renault Fluence et Kangoo, ont été livrés à leurs utilisateurs et des bornes de recharge commencent à être installées. Quant aux nouvelles Nissan Leaf, la première compacte électrique, elles devraient être disponibles en juillet. La phase initiale de l’expérimentation pourra alors débuter.

« L’objectif est de faire remonter des données comme le nombre de recharges par véhicule et de kilomètres effectués entre deux recharges, les taux d’utilisation, et des informations plus subjectives comme le confort, la manière d’appréhender le véhicule, etc. Les questions de sécurité seront aussi étudiées dans la mesure où le véhicule n’émet aucun bruit et peut donc ne pas être perçu par les piétons », souligne Guy Consumi. Il s’agit de la première étude qui permettra d’analyser le modèle économique de la filière électrique, d’abord au sein des collectivités territoriales, puis dans une deuxième phase avec les particuliers.

Mieux connaître l’écosystème du véhicule l’électrique

Le responsable du parc automobile des Yvelines a décidé de s’investir dans cette expérimentation qui « englobe les aspects amont comme l’approvisionnement et le SAV ». D’où la décision d’installer de nouvelles bornes de recharge électrique sur les douze sites du conseil général. De son côté, Renault s’engage à former du personnel dans des succursales. Quant aux parkings Vinci, ils devraient aussi implanter des bornes. « Un supermarché est partant pour faire de même et une société de taxis adhère au projet. Pour la première fois, nous observons une véritable synergie entre entreprises, collectivités et pouvoirs publics », affirme Guy Consumi. Dans le cadre de ce projet, chaque conducteur concerné possédera un badge pour effectuer un suivi des recharges et du kilométrage.

Le conseil général suit aussi le projet dans les communes où seront installées des bornes. Poissy envisage ainsi de signer une convention avec EDF et Schneider Electric. La collectivité compte s’assurer, auprès des partenaires industriels, que le déploiement géographique est cohérent et pertinent.

La flotte du conseil général des Yvelines en chiffres

• Environ 600 véhicules légers dont une centaine d’utilitaires
• Un budget automobile d’environ 1 million d’euros en 2010

Placer l’utilisateur au centre de la réflexion

« De petits VU électriques sont prévus pour les municipalités et nous mettrons des VP électriques à disposition d’un certain nombre de directeurs de l’action sociale », avance Guy Consumi. Certes, cela demande une certaine préparation et « des utilisateurs sont en cours de formation, entre autres pour le modèle Fluence ».

Pour le conseil général, cette démarche devrait contribuer à évaluer la possibilité de passer de l’expérience à la réalité concrète. « Pour des déplacements intra-muros ou de courts trajets, cela ne devrait pas poser de problèmes. En revanche, pour certaines tâches comme le transport d’enfants sur de longues distances, c’est actuellement inenvisageable », pointe Guy Consumi. Mais au-delà de ce projet de grande envergure, les principales économies substantielles et les réductions d’émissions sont aussi liées au choix et surtout à l’usage du véhicule. Pour Guy Consumi, « il faut trouver les véhicules adaptés aux besoins et aux missions, sans les sur-dimensionner, mais aussi en optimiser l’utilisation. C’est ce qui fait la différence ».

Ainsi, le conseil général a décidé de remplacer un certain nombre de véhicules mais en diminuant le parc. « Nous développons, détaille-til, l’auto-partage et le covoiturage. Les 4 000 employés du département peuvent se coordonner pour partager un véhicule pour le transport entre domicile et travail. Nous avons aussi construit des pools, notamment sur les sites de Mantes et des Mureaux. Plus de 150 véhicules sont proposés pour une journée, une demi- journée ou quelques heures. Certains collaborateurs, comme par exemple des dessinateurs, sont amenés à se déplacer sur les chantiers mais n’ont pas besoin d’un véhicule en permanence. La démarche a été étendue aux services d’accueil du public qui se déplacent pour certaines manifestations ».

Et les idées fleurissent : une navette a été établie pour emmener les employés au restaurant du conseil général et des vélos avec paniers, dont certains à assistance électrique, sont à disposition des collaborateurs versaillais pour les petits trajets. Et cela fonctionne ! Cette optimisation du parc a conduit la collectivité à baisser de 7 % le nombre de véhicules. Certes, « les véhicules existants roulent plus, il n’y a donc pas un impact équivalent sur les émissions de CO2. Mais cela a réduit certains abus d’utilisation », conclut Guy Consumi.

5 à 7 % de carburant en moins avec l’éco-conduite

5 à 7 % de carburant en moins avec l’éco-conduiteUn levier actionné par Guy Consumi : la formation. « Tous les gros rouleurs ont bénéficié de cours d’éco-conduite et, un an après, ils en redemandent ! Pour la plupart des chauffeurs, cela devient un jeu plutôt motivant. Ils comparent leurs performances. Le bilan est largement positif avec une économie de 5 à 7 % du carburant. Nous envisageons désormais de former des formateurs pour étendre ces cours à l’ensemble du personnel. Cela pourrait représenter une petite plus-value personnelle pour les employés qui réaliseraient des économies sur leur propre budget. Et c’est pédagogique », assure-t-il.